Menu

Beznau I ou le gigantesque gruyère

26 octobre 2015 • Ecosocialisme, Suisse

Share Button

Bien qu’elle se trouve en Argovie, la centrale nucléaire de Beznau I ressemble à un gigantesque gruyère. Révélée par le quotidien zurichois «Tages Anzeiger» le 8 octobre, l’information sur l’état calamiteux de la plus vieille centrale en Suisse et dans le monde apporte de nouveaux éléments dans le débat sur l’état actuel du parc nucléaire et sa fin plus ou moins annoncée.

La centrale de Beznau a été construite en 1969, il y a 46 ans donc! A l’époque, la durée de vie d’une centrale était estimée à 30 ans environ. Un deuxième réacteur juxtaposé (Beznau II) sera mis en service en 1971. Aujourd’hui, les fanatiques de l’énergie nucléaire ne veulent plus limiter la durée de vie! Qu’elles fonctionnent jusqu’à leur effondrement! Apocalypse nucléaire assurée avec de tels intégristes.

Beznau en 2015

Actuellement en révision, les réacteurs de Beznau I et II sont arrêtés depuis cet été. Des irrégularités ont été observées sur la cuve de pression du premier réacteur qui contient le combustible nucléaire. Ce ne sont pas vraiment des trous, mais près d’un millier de fissures de 0,7 millimètres de diamètre (en moyenne) et situées à proximité des barres de combustible, c’est-à-dire dans l’endroit le plus sensible de l’installation. L’institut chargé des contrôles des centrales nucléaires, l’inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN) joue sur les mots et ne parle pas de fissures ou de trous, mais «d’indications de défaut». Encore un camouflage pour masquer une réalité inquiétante et qui plus est sur le vieillissement irréversible d’une pièce essentielle pour la sûreté de fonctionnement de la centrale. Le conseiller national Roger Nordman (PS), membre de la commission de l’environnement, de l’aménagement du territoire et de l’énergie a eu accès au rapport complet de l’exploitant de la centrale, la société Axpo. Il déclare dans le quotidien «Le Monde» du 14.10.2025 «Si cette pièce lâche, il est pratiquement impossible d’éviter une fusion du cœur du réacteur, soit une catastrophe nucléaire. Il est totalement insensé de penser remettre en marche ce réacteur».

La centrale la plus âgée au monde n’est pas seulement défectueuse. Elle est aussi située à proximité d’un très grand bassin de population. Près d’un million de personnes habitent dans un périmètre de 30 kilomètres. En cas de fuite radioactive, toute une région se transformerait en enfer et provoquerait la fuite d’un million d’habitant·es!

Autant de raisons, qui s’ajoutant à la production des déchets hautement radioactifs, plaident pour une fermeture immédiate et définitive de ces installations. Beznau I et II, ne doivent pas être redémarrées.

Capital «public» ou service public?

Le propriétaire des installations, le groupe Axpo, a la particularité d’être sous contrôle «public». Les actionnaires d’Axpo sont en effet des cantons et des entreprises publiques du Nord-Est de la Suisse. Dans le holding Axpo, la répartition des actions est la suivante : canton de Zurich 18,3%, services du canton de Zurich 18,4%, canton d’Argovie 14%, canton de Schaffouse 7,9%, canton de Glaris 1,7%, canton de Zoug 0,9% (source: rapport annuel 2013/2014). A cela viennent s’ajouter trois entreprises publiques d’énergie de St-Gall et de Thurgovie. Le fait d’être contrôlée par des capitaux publics n’empêche pas Axpo d’avoir une logique d’exploitation et d’extension semblable à une compagnie privée. Ses nombreuses participations à l’étranger illustrent un fonctionnement plus proche d’une multinationale que d’un service public. Offrir une électricité bon marché aux capitalistes et verser des bénéfices semble davantage correspondre aux objectifs d’Axpo que de produire de l’énergie en respectant l’environnement, la sécurité et la durabilité. Un «service public» très helvétique! L’Etat au service des patrons!

La propriété publique des compagnies de production d’énergie doit s’accompagner de la transparence totale, et de leur reconversion vers des énergies non-polluantes, sûres, respectueuses de l’environnement à long terme. La fin du nucléaire doit être accélérée, bien avant l’échéance prévue de 2050.

José Sanchez

 

Share Button

Publications similaires

Les commentaires sont fermés.

« »