Action contre le sexisme de Zofingue
Samedi 18 Avril 2015 se tenait au BCV Concert Hall à Lausanne la représentation annuelle du spectacle monté par Zofingue Vaud. À cette occasion, le collectif GGRA (groupe genre, réflexion et action) a fait irruption sur scène au milieu des uniformes zofingiens dans le but de dénoncer la discrimination envers les femmes dont fait preuve le célèbre club estudiantin Zofingue. Cette dernière association dont les statuts sont incompatibles avec la Charte de l’Université, mais qui est bien aidée par le Tribunal fédéral qui lui a reconnu le droit d’exclure les femmes et de revendiquer le sexisme comme valeur fondamentale. En vidéo, l’action de ce 18 avril, suivie du communiqué de presse du collectif GGRA de ce 21 avril…
Communiqué de presse du GGRA (groupe genre, réflexion et action) du 21 avril 2015
Bonjour à toutes et à tous!
Nous vous souhaitons la bienvenue à cette théâtrale, qui réunit l’élite des étudiants, la relève de la place financière et politique Suisse, vos futurs patrons, les hommes blancs de Zofingue.
Réjouissez-vous d’assister, comme chaque année, à une représentation théâtrale forte en émotions, dans laquelle le sexisme se mêle habilement à un racisme décomplexé, où l’on n’hésite pas à se peindre la figure pour faire «le noir» ou «l’arabe», et à mettre une robe pour faire «la femme».
Réjouissez-vous de rencontrer des hommes aux principes indéfectibles, dont la devise, comme chacun·e le sait est «Patriae, Amicitiae, Litteris» - ou pour le dire autrement, xénophobie, patriarcat et classisme -, et qui n’hésiteront pas à aller jusqu’au Tribunal fédéral pour défendre leur droit à la discrimination.
Car en effet, l’Université de Lausanne a osé remettre en question la non-mixité de la société, lui reprochant d’aller à l’encontre de sa Charte de l’égalité de chances. Heureusement pourtant, les instances de la confédération se sont souvenues que la liberté de s’associer est bien plus fondamentale que la garantie de l’égalité entre les femmes et les hommes. Ouf. Les zofingiens peuvent donc continuer à fumer des cigares en comité sélect, sans meufs qui viennent perturber le bon fonctionnement avec leur obstination à vouloir exister.
Mais le problème avec les femmes, c’est qu’elles ont tendance à ne pas se laisser silencier. Le problème avec les femmes, c’est que si tu les emmerdes, elles t’emmerderont en retour. C’est que si tu es puant, elles exposeront ta puanteur. C’est que si tu veux garder tes privilèges, tranquille dans ton coin, elles ne te laisseront pas faire.
Actuellement, en Suisse, il y a davantage d’étudiantes que d’étudiants dans les Universités et les Hautes Ecoles. Et pourtant, seuls 18% des postes professoraux sont occupés par des femmes, l’inégalité salariale en suisse est de 19,3% et parmi les dirigeant·e·s de société, il y a 6% de femmes.
Zofingue, un rôle à jouer là-dedans? Vous ne vous poserez jamais la question, mais nous le faisons pour vous. Eh oui les gars. Vous êtes sexistes. Votre avocat, ancien zofingien a dit pour défendre la non-mixité de l’association: «une association a tout à fait le droit de refuser un genre sans être pour autant discriminatoire. Prenez un chœur de femmes, on peut légitimement comprendre qu’une telle association ne soit ouverte qu’au genre féminin compte tenu de son but: chanter un répertoire où les hommes n’ont pas leur place.» Si nous suivons cette métaphore, le but de Zofingue est alors de construire une société où les femmes n’ont pas leur place. J’imagine que vous comprenez que les implications ne sont pas tout à fait les mêmes que dans le cadre d’un chœur de femmes.
Et si d’aucuns aimeraient dire que «les femmes aussi elles font des associations interdites aux hommes, d’abord», laissez-nous vous dire que la non-mixité comme revendication des opprimé·e·s pour s’opposer à une domination, ce n’est pas la même chose que la non-mixité pour garder des privilèges et perpétuer des discriminations millénaires.
Restez donc tranquillement assis·e·s dans votre fauteuil, prêt·e·s à vous moquer des celles et ceux de qui ont se moque déjà quotidiennement, des racisées, des musulmanes et des musulmans, des femmes et de toutes les autres minorités qui sont si drôles à vos yeux de dominants. Clamez haut et fort que quand même, «la liberté d’expression», et que quand-même «on doit savoir rire de tout» (sauf de vous bien sûr, mais ça, on n’en parle pas), et que quand-même «ces féministes, quelles bande d’hystériques ridicules». Sachez seulement que tant que vous existerez, tant que vous ne vous remettrez pas en question, vous contribuerez à un système de domination, et nous serons-là pour vous balancer notre hystérie et notre ridicule dans vos faces. Et croyez-moi, bientôt vous cesserez de rire.
Publications similaires
« La fin du camp nazi de Buchenwald: les détenus se libèrent Non au «Paquet Berset»: toutes et tous à Lausanne le 30 mai! »


