«Marche pour la vie»: abattons l’ordre moral!
Le 19 septembre dernier, soit quelques jours avant la journée mondiale pour la dépénalisation de l’avortement, a eu lieu à Zurich Oerlikon la sixième «Marche pour la vie». Des groupuscules associatifs, religieux et politiques ont une fois de trop marché «pour la vie», ou plus honnêtement contre le droit inaliénable des femmes - car les personnes trans* ne sont bien sûr pas considérées - de choisir librement d’avoir un enfant ou pas.
Ainsi ces acteurs et actrices dominant·e·s de la société patriarcale décident ce que d’autres doivent faire de leur corps à n’importe quel prix, même si cela peut se révéler destructeur: autant sur le plan physique, psychologique et social, au nom d’une morale qui dépasse tout entendement! Alors qui sont les meurtrières et les meurtriers?
Comme s’il n’existait pas assez d’oppressions à l’encontre des dominé·e·s, encore aujourd’hui certain·e·s revendiquent d’avoir un contrôle sur les corps… des autres! Ces garant·e·s du sexisme font bien sûr appel à la préservation de la «famille traditionnelle», alimentant l’homophobie et la transphobie pour continuer à nourrir la société capitaliste. Ce contre quoi nous nous battons! Les femmes et les personnes trans* ont le droit à l’avortement et chacun·e a le droit de mener sa vie dignement sans rendre de compte à qui que ce soit et sans jugement. Bien que la loi sur l’avortement avec le délai des 12 semaines soit déjà un acquis, elle répond partiellement aux affabulations religieuses qui n’ont bien sûr aucun texte ni aucune preuve scientifique sur lesquels s’appuyer.
L’embryon n’est pas un être humain ni une personne sensible, il n’y a donc pas de meurtre. Son droit à la vie n’est pas absolu. Son patrimoine génétique ne fait pas de l’embryon un homme ou une femme comme voudraient le faire croire les milieux anti-avortement. Le développement de celui-ci dépend totalement du corps de la personne qui le porte et l’on ne peut savoir s’il sera viable avant un délai de 23 semaines au moins.
La «marche pour la Vie» n’est qu’une marche pour l’oppression et fait preuve d’une énorme violence par son existence. Les structures de prévention existent déjà, nous n’avons pas besoin d’imposteur·e·s.
La décision d’avoir un enfant ou pas est un droit fondamental non négociable des femmes et des personnes trans*. C’est à elles de prendre la décision librement d’interrompre ou pas une grossesse non désirée. Et l’accès à l’information et à l’intervention médicale doit être garantie pour toutes quelles que soient leurs origines, moyens, genre et âge. Il s’agit également de respecter le choix de leur intégrité physique et morale. Contraindre une personne à la maternité, il n’y a rien de moins éthique, autant pour la future mère que pour l’enfant à naître. Personne n’a à servir les intérêts des sociétés capitalistes, les femmes et les personnes trans* n’ont pas à être maintenues subordonnées aux hommes et au système patriarcal et capitaliste. Nos corps et nos vies ne sont pas à leur disposition!
Une contre manif réprimée par la police avant même d’avoir lieu
Des groupes autonomes avaient lancé un appel pour se retrouver à 14h au Marktplatz afin de manifester contre l’absurde «Marche», notamment pour les raisons citées ci-dessus. Dès l’arrivée à la gare CFF, située à quelques mètres du rendez-vous, on ne pouvait s’empêcher de remarquer un cordon de police suréquipé autour d’un groupe de manifestant·e·s. En faisant le tour du quartier, on devinait une mobilisation de plusieurs centaines d’agent·e·s de police en uniforme ou en civil à chaque coin de rue, des fourgons blindés, des voitures de police, etc. On pouvait également être témoin d’une masse d’arrestations arbitraires: drag-queens, groupes de jeunes, personnes habillées en noir, etc., dont plusieurs avaient pourtant déjà été soumis·e·s à un contrôle d’identité et à une fouille sur la place même.
Une de nos interlocutrices, ayant eu pour seule arme de contestation un sac à dos d’affaires personnelles où des pins pro avortement étaient épinglés, s’est faite arrêter aux alentours de 14h30 et amener menottée au poste de police de Zurich pour y sortir 3h après, les poignets blessés. Elle n’a pas pu bénéficier d’informations concernant sa détention, ni eu le droit à la traduction des documents reçus, ni à l’appel d’un avocat. D’après ses estimations, plus de 30 personnes arrêtées étaient présentes et plusieurs autres également menottées autour du commissariat. Nous estimons le nombre d’arrestations à un minimum de huitante personnes, sans compter la trentaine de manifestant·e·s encerclé·e·s par la police avant même l’heure du rendez-vous.
Nous dénonçons les représentant·e·s étatiques qui gaspillent tellement d’argent pour déployer des forces armées contre des personnes qui se battent pour défendre leur propre liberté et contre celle et ceux qui leur viennent en soutien!
Nous dénonçons la ville d’Oerlikon qui accueille cette 6ème «Marche pour la vie», méprisant les luttes entreprises pendant des décennies pour obtenir par la force ce qui est un droit inaliénable: le droit de décider pour son propre corps! La violence ce n’est pas nous, c’est l’Etat!
Les meurtrières et les meurtriers ce n’est pas nous, ce sont les milliers de personnes qui ont participé à la «Marche», qui la soutiennent et qui l’ont organisée!
Margo Lens
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