Derièrre le plan d’aide, la dictature de la troïka est de retour!
«80 milliards d’euros d’aides à des conditions relativement raisonnables». C’est ainsi que se présente l’accord «proposé» par la troïka (BCE, CE, FMI) selon le président du conseil, le polonais Donald Trusk. Chaque mot dans cette phrase est lourd de sens et de conséquences.
Quelle «aide»?
Un prêt d’urgence a été décidé pour la Grèce. Mais quelles sont les urgences selon la troïka pour se montrer aussi généreuse? Rembourser les créanciers bien sûr! Le prêt de 7 milliards validé par les ministres de la CE sera vite dépensé. La Grèce a ainsi remboursé la BCE pour 4.2 milliards d’euros et les arriérés au FMI (2 milliards que la Grèce n’avait pas versé le 30 juin).
Bref, il ne restera plus grand chose pour les Grecs eux-mêmes. Ce «prêt urgent» viendra en outre déduit de l’aide promise dans le fonds de 50 milliards apporté par le MES (Mécanisme européen de stabilité).
Première conclusion. L’aide urgente sert à rembourser les créanciers, qui ordonnent les réformes à effectuer en Grèce. L’urgence sociale ou économique? Plus tard, s’il reste quelques euros. Cette «aide» n’est qu’une avance sur le futur prêt. Et il est en partie couvert par les bénéfices effectués par la BCE sur les obligations grecques (1.85 milliards d’euros en 2014, plus d’un milliard pour 2015). Il n’y aura pas 80 milliards comme annoncé, mais au maximum 73.
Les remboursements dans les 3 ans à venir pour la Grèce représentent environ 53.5 milliards. On devine aisément l’attribution de cette «aide». Soit le remboursement de cette dette colossale illégitime.
Les «conditions raisonnables» ou l’impérialisme du XXIe siècle
Les conditions matérielles (notamment la hausse de la TVA et la réduction des retraites) sont largement connues. Les conditions politiques sont restées plus discrètes durant les conférences de presse et sur les plateaux de télévision. Or il s’agit d’une mise sous tutelle, puisque l’accord prévoit que les Grecs «consultent les institutions et conviennent avec elles de tout projet législatif». C’est le retour en force de la Troïka mais avec un moteur turbo. Cela signifie qu’il n’est plus possible au gouvernement de proposer de nouvelles lois ou un nouveau référendum sans l’accord préalable de ses créanciers.
L’économiste Daniel Cohen, qui a conseillé la Grèce avec la banque Lazard en 2012 fait ce commentaire: «Il s’agit d’un accord totalement inédit dans le degré de mise sous tutelle d’un Etat, du jamais vu depuis la fin des empires coloniaux! Je suis frappé par les conditions qui y sont attachées, notamment les dispositions qui privent de facto le parlement grec de tout pouvoir de décision dans les mois à venir. Le système de coupes automatiques en cas de dérapage des objectifs budgétaires ne laisse aucune marge de manœuvre. Il s’agit quasiment d’un accord punitif» (Le Monde, 19-20 juillet 2015).
Ainsi, contrairement à ce qu’affirme Donal Trusk, ce ne sont pas des «conditions», mais bien une mise sous tutelle quasi-totale. Ces «conditions» ne sont pas «relativement raisonnables» mais totalement illusoires. Les prévisions des revenus des privatisations ont toujours été largement surestimées par le passé.
Ces conditions sont absurdes parce qu’elles vont pousser la majorité de la société vers davantage de pauvreté et de précarité. Baisse des salaires et des retraites, baisse du pouvoir d’achat à cause des hausses des prix, notamment par la TVA. Maintien du chômage par manque de travaux publics et absence de débouchés.
Prendre davantage aux pauvres…
L’augmentation de la TVA exigée représente un plat réchauffé. C’est la troisième augmentation depuis 2009. A croire que les technocrates de l’UE sont à court d’imagination. Il s’agit d’une des nombreuses illustrations de l’application de l’austérité. Baisser les impôts des capitalistes (afin d’attirer de nouveaux investisseurs), et en attendant ces jours fabuleux, augmenter les taxes à la consommation. Une première augmentation a lieu entre janvier et mai 2010. Puis en mai 2010, les trois taux ont à nouveau été augmentés. A noter que le taux le plus bas est passé de 4.5% à 6%, soit un relèvement d’un tiers.
Certaines sources estiment les arriérés de versement à 74 milliards, fraude effectuées par des commerçants et de patrons. Cela représente environ le quart de la dette totale de la Grèce.
Pour donner aux riches!
Autre grand souci de la troïka: assainir l’état des principales banques privées grecques. Certaines estimations disent que la recapitalisation de ces banques représente une somme de 25 milliards. Sans aucun doute, cette somme sera prélevée sur les fonds «d’aide». Pas un mot sur la fuite des capitaux en Grèce, comme s’il y avait seulement les prélèvements dans les automates.
En 5 ans, le niveau des dépôts a chuté de plus de 100 milliards d’euros, soit environ un tiers de la dette totale! Les retraits avaient atteint la valeur de 12.25 milliards au mois de janvier de cette année, qui avait vu la victoire électorale de Syriza. Cette fuite avait continué en février et en mars avec 7.57 milliards et 1.91 milliards d’euros partis. Si les banques ont besoin de capitaux, qu’elles demandent à leurs anciens clients de revenir. Sinon, pourquoi de l’argent public devrait-il encore être utilisé? Pour continuer de permettre l’évasion fiscale?
Dans le même registre, nous attendons toujours les mesures «exigées» par la BCE et l’UE pour lutter contre la fraude fiscale et pour rapatrier tous ces capitaux de Londres et du Luxemburg vers la Grèce.
Ces mouvements de capitaux ne vont pas soulager les retraité·e·s ou les chômeurs, de France, de Pologne ou de Finlande. Ils vont servir de levier d’enrichissement aux milieux financiers et à quelques milliers de cadres de l’administration de l’UE.
Le désastre est déjà là!
Tsipras a justifié la signature de cet accord pour «éviter un désastre» au pays. Si les éléments cités précédent n’en sont pas, on se demande combien de dégâts et de victimes faudra-t-il atteindre pour qualifier la situation de désastre.
Dès la victoire de Syriza le 25 janvier 2015, la troïka avait déclaré la guerre au nouveau gouvernement. En bloquant unilatéralement le versement des dernières tranches du plan d’aide accordé, et dont avaient bénéficié les gouvernements grecs précédents, la troïka cherchait à étouffer financièrement le pays et à tester la volonté du nouveau gouvernement.
Tsipras a accepté la farce qu’on constitué les 5 mois de «négociations», sans riposter de manière concrète à la troïka, par exemple en bloquant la colossale évasion fiscale. Plus de 30 milliards d’euros ont quitté le pays. Ce ne sont pas les retraité·e·s qui envoyaient leurs économies à Londres ou à Genève. Le gouvernement aurait du instaurer immédiatement un contrôle des capitaux, pour éviter de tomber dans l’assistance de la BCE par le biais des crédits ELA aux banques et pour montrer sa détermination à affronter les saboteurs de l’intérieur. Une telle mesure constituait une simple décision de défense, facile à expliquer à l’opinion publique européenne.
Mobilisation au lieu de «négociations», la rue doit reprendre l’offensive
D’autres actions auraient été nécessaires. Comme un appel à la mobilisation populaire, notamment des secteurs les plus touchés par l’austérité et par les futures privatisations, et des jeunes dont le chômage dépasse les 50%. Leur voix, dans la rue et dans la société ont manqué, pour monter leur détermination à ne pas laisser seul le gouvernement affronter les capitalistes européens et à imposer ses propres priorités en lieu et place de celles des créanciers.
Le résultat du référendum du 5 juillet a montré qu’un tel potentiel existait et aurait du s’exprimer rapidement pour ne pas donner une procuration à Tsipras et attendre des «résultats». Une mobilisation à la base était le meilleur départ pour préparer une nouvelle reconversion économique, dans l’intérêt des milieux populaires et non des créanciers.
Pour l’instant, la reddition totale de Tsipras et d’une partie de Syriza représente une grave défaite et un recul pour toutes les forces de critique radicale du capitalisme, à l’échelle européenne. Les partisans de la rigueur budgétaire et du libéralisme à tout crin ont nettement marqué des points dans leur confrontation avec Tsipras, même si la brutalité et l’arrogance de la Troïka ne les ont pas rendus plus sympathiques. Mais les rapports de force ont été modifiés, les ouvertures possibles en début d’année avec les poussées électorales de Syriza et de Podemos, sont désormais remises en cause.
Les effets de la crise et de l’austérité accrue seront-ils un stimulant pour les secteurs populaires et pour les courants anticapitalistes afin de reprendre des initiatives politiques susceptibles de changer le cours évènements? La politique du pire et la peur ne sont pas forcément bonnes conseillères et pourrait aussi faire passer de larges secteurs vers l’extrème-droite. Tout comme la bourgeoisie grecque, qui aimerait aussi faire le ménage.
José Sanchez, 24 juillet 2015
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