Suites de la votation sur «l’immigration de masse»: le PS dans la ligne de Blocher!
Blocher peut compter sur un soutien de poids (voir plus loin)! Le PS va discuter, ce 25 octobre 2014 lors de son assemblée des délégués, d’une taxe sur les étrangers embauchés par les entreprises! L’objectif est de «réguler l’immigration par la création d’un fonds financé par les employeurs et dévolu à l’intégration de la main-d’œuvre étrangère» [1]. Trois pistes sont évoquées: une redevance «sur les entreprises qui font appel à une nouvelle main-d’œuvre étrangère», une contribution en fonction du nombre d’employés immigrés, une redevance sur l’entreprise en fonction de la dépendance de la branche «à une nouvelle main-d’œuvre étrangère».
La PS Marina Carobbio avait déjà tenté de faire appliquer ce genre de machin au Tessin: pour le Conseil fédéral, ça constituait «une discrimination indirecte à l’embauche et ne serait pas compatible avec l’accord» de libre circulation des personnes (Le Temps, 17 octobre). Levrat, président du PS, se dit persuadé qu’un fonds d’intégration alimenté par une redevance sur la main-d’œuvre étrangère serait conforme.
Le PS à côté de la plaque… ou chantre de la discrimination?
Car on le voit bien, la question, pour le PS comme tous les (autres?) partis bourgeois, c’est la conformité avec la libre circulation des personnes (tous les autres accords bilatéraux avec l’UE en dépendent). La discrimination à l’embauche, on s’en tamponne dans ces partis! «Cette taxe aurait automatiquement pour effet l’application de la préférence nationale», admet le PS (p.26 de son document). Un PS qui s’engage donc hardiment dans une voie bien nauséeuse (si même le Conseil fédéral lui donne des leçons en matière de discrimination!!). Certes, le débat n’a pas encore eu lieu ; mais le fait même que ces sujets puissent être débattus, de cette manière, est une honte! Le PS fait cela tout en se drapant dans la non-discrimination et l’égalité des chances, dans son texte…
Des entreprises donnent dans le dumping? Plutôt que de réclamer plus de contrôles et de sanctions, on les taxe (même celles qui ne font pas de dumping). Ainsi les entreprises non encore adeptes de dumping pourront s’y mettre (ou virer les étrangers qui leur coûteront «trop»), et celles donnant déjà dans le dumping pourront aggraver la sous-enchère salariale (pour compenser l’effet de la taxe)! Un enfant de 10 ans s’en rendrait compte… En attendant, les étrangers seront plus discriminés: soit en n’étant pas embauchés, soit en subissant un dumping salarial aggravé (que les entreprises seront bien entendu libres de reporter sur les non-étrangers également). Une Suisse à deux vitesses divisant les gens (comment prétendre intégrer des « sous-personnes » avec des droits au rabais?!), basée sur des discriminations et des droits à la carte (et donc des intérêts pensés «différents»: bien pratique pour rogner sur l’une puis sur l’autre des sous-populations en présence, se pensant éventuellement rivales).
Suivisme populiste du PS ou «social-démocratie» bourgeoise?
En tout cas, l’UDC applaudit des deux mains! Le parti paraissait en effet se trouver dans une passe délicate après ce vote du 9 février qui semblait de plus en plus le gêner aux entournures… à tel point que Blocher en personne a fini par admettre (RTSInfo, 13 octobre) qu’il pourrait voir d’un bon œil l’idée d’une taxe sur les entreprises qui emploient des travailleurs étrangers, telle que développée par Avenir Suisse. Une idée qui suscite l’intérêt au PDC ou au PBD (SonntagsZeitung, 12 octobre), une idée renforcée par la prise de position de Blocher… et donc également par le PS qui dans son document en vue de l’assemblée des délégués, le propose sans contre-projet!
Le PS se rallie ainsi à la vision de Blocher, citant même en exemple Avenir Suisse, le think tank ultralibéral… et abandonne complètement le peu «de gauche» qu’il lui restait: un vague fond d’humanisme bon teint… «Réguler l’immigration au moyen d’incitations économiques» est ainsi devenu «compatible avec les valeurs fondamentales de la social-démocratie» (p.12 du document du PS). «Le contrôle de l’immigration doit répondre à des intérêts macro-économiques», «il doit être axé sur la productivité» (p.19). Voilà comment le PS espère freiner le mouvement de droitisation qui semble être à l’oeuvre en Europe, sans doute!
Et puis tant qu’à faire, le PS dégaine aussi sur les femmes dont le potentiel (en termes de taux d’activité) «pourrait être encore mieux développé, notamment celui des femmes ayant des enfants et des salariées de plus de 50 ans» (p.13… ce qui ne manque pas de piquant après un plan du socialiste Berset pour repousser l’âge à la retraite des femmes). Un PS insistant, après avoir mis en cause étrangers et femmes, sur le «soutien aux entreprises implantées sur notre territoire» (p.12)…
Les maquereaux économiques du PS ont pour le coup complètement tourné le dos au banc pour rejoindre les requins. Gardons cela en mémoire (ou prenons-en bonne lotte)!
Patricia Nozon
[1] Cahier pour l’Assemblée des délégués – Invitation samedi 25 octobre 2014, 50 pages
www.levrat.ch/content/download/70454/927910/version/2/file
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