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Les 100 ans des CCT – La fête « en haut », les licenciements « en bas »!

Déposé par Aurélien dans 2 décembre 2011 – 15:17Pas de commentaire

Au moment où les ouvriers de la construction s’apprêtaient à se mobiliser pour défendre leurs revendications et s’opposer à l’arrogance et à la brutalité patronales sur les chantiers, grands patrons, syndicalistes, conseillers fédéraux et parlementaires socialistes fraternisaient à Berne.

Cette fête était destinée à célébrer les cent ans de l’introduction des conventions collectives de travail (CCT) dans le Code des obligations. Donc la possibilité d’annexer au contrat individuel de travail les dispositions normatives d’une CCT.

L’objectif du Conseil fédéral de 1911? «Atténuer quelque peu la lutte des classes» selon un merveilleux communiqué de presse de l’Union syndicale suisse (USS) paru dans la presse syndicale ces derniers jours. Si le Conseil fédéral a bien réussi à «atténuer la lutte des classes» de ceux d’en bas, il a en revanche réussi à encourager vivement la lutte des classes menée par les possédants. Tout cela n’est évidemment pas de la faute unique des conventions collectives de travail: en elles-mêmes, elles ne sont que la consécration d’un rapport de forces. Mais lorsque les dirigeants syndicaux (Conrad Ilg en tête, alors président de la FOMH, l’ancêtre de la FTMH qui est elle-même l’ancêtre d’Unia) acceptent, dès 1937 dans la métallurgie et les machines, l’introduction de la paix absolue du travail dans les CCT, c’est bien à un mouvement ouvrier désarmé que le patronat peut désormais s’attaquer.

Tout bénéfice pour eux

Selon l’historiographie officielle des «rapports de travail» en Suisse – très largement reprise lors des festivités récentes – ce partenariat a eu pour résultat «le succès» de l’économie suisse. Du point de vue bourgeois, c’est un fait incontestable. Du point de vue des salariés, c’est évidemment une escroquerie socio-historique. Ainsi, il faut lire le discours (disponible sur: www.admin.ch) de Johann Schneider-Ammann prononcé pour l’occasion. Tout y est: la soumission des salariés aux intérêts supérieurs des entreprises a permis les succès de «l’économie suisse», la paix du travail permet de bénéficier «d’un marché du travail flexible», ce qui est bien sûr la priorité absolue. Le conseiller fédéral sait de quoi il parle; il a été longtemps le patron des patrons de l’industrie des machines. Et a donc signé avec la FTMH les renouvellements de CCT qui lui ont apporté son immense fortune à lui et à ses camarades de classe. Et qui ont démantelé les droits des salariés «couverts» par la plus grande CCT de Suisse.

Durant cette agape, personne n’a parlé du corollaire de la paix du travail: le financement patronal des organisations syndicales. Car si les syndicats ont très largement renoncé aux luttes, ils n’ont pas renoncé à l’argent des patrons: la contribution professionnelle permet ainsi aux organisations syndicales de prélever sur les non-syndiqués une dîme qui finance postes de travail, propagande, travail syndical, etc. L’intégration socio-politique (caractérisée également par la gestion des caisses de chômage, par exemple) et les bénéfices que dégage cette intégration des organisations syndicales peut ainsi être considérée comme la compensation de la paix du travail. Ou, dit autrement, le prix d’achat, pour les patrons, de la paix sociale.

Partenaires ou adversaires?

Pendant la fête, les «partenaires patrons» continuaient à soigner leurs «partenaires salariés» sur le terrain réel de la lutte de classes, les lieux de travail. Là où, au quotidien, le partenariat est moins évident que l’autoritarisme patronal… Par exemple chez Tesa (industrie des machines, Vaud), deux délégués du personnel venaient d’être licenciés pour activités syndicales; chez Kudelski, jeudi dernier, les licenciés étaient nommément désignés et priés de dégager; chez Novartis, les licenciements pleuvent toujours; chez Bobst, les futurs chômeurs ont pris la porte. Bref, heureusement que les patrons sont des «partenaires», et pas des adversaires, sinon, qu’est ce que ça serait…

C’est clair: partout où règne «le partenariat social», les salariés perdent, sont dépossédés de leurs moyens de lutte et son confrontés le plus souvent à des appareils syndicaux qui n’ont que la soumission et le renoncement à leur proposer. Il est plus que temps de rompre avec ces pratiques et ceux qui les incarnent.

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