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Novartis: quelles leçons en tirer ?

Déposé par admin dans 25 janvier 2012 – 22:32Pas de commentaire

A la surprise générale, la multinationale Novartis ne fermera pas le site de Prangins et ne procédera à aucun licenciement. Elle a même promis de rester sur la Côte et d’y investir pour plusieurs années encore.

C’est un soulagement bien compréhensible pour les employé-e-s de Novartis-Prangins, qui craignaient pour leur emploi. La stratégie des discussions «constructives» entre «partenaires sociaux» et représentants de tous bords politiques (avec l’idée qu’il faut des «efforts conjoints des deux parties») serait donc l’exemple à suivre puisqu’elle a réussi sur ce qui était ses objectifs: pas de fermeture du site, pas de licenciements. C’est dû moins ce qu’ont répété en chœur autorités et médias!

Une victoire pour les salarié-e-s ?

Y a-t-il vraiment de quoi «sabrer le champagne» en l’honneur d’un «succès à 100 %, que je qualifie d’historique» (Yves Defferard, responsable du secteur industrie d’Unia Vaud)? De quoi remettre en cause notre point de vue selon lequel «les grands patrons et actionnaires en veulent toujours plus. Ils n’en n’ont rien à cirer de l’avenir des employé-e-s et des ouvrier-e-s qui ont trimés des années durant à leur service»? Aurions-nous donc eu tort lorsque nous disions que seule la mobilisation collective des ouvrier-e-s et la grève pourrait «obliger Vasela et consorts à reculer» ? Dans cette histoire, et malgré une manifestation ayant regroupé 2000 personnes suivie d’une grève «d’avertissement» d’une journée effectuée par les salarié-e-s le 16 novembre, il faut avoir les yeux bandés pour croire que c’est la pression des travailleur-e-s et de la rue qui a fait trembler les dirigeants de Novartis. Il en aurait fallu bien plus pour les contraindre à revenir sur leur décision initiale. Les capitalistes ne reviennent jamais si facilement sur une décision qu’ils ont prise de manière aussi ferme et réfléchie, à moins qu’ils y trouvent leur compte…
Là-dessus, pas de doute possible: la multinationale Novartis est la grande gagnante de cette affaire. Il a fallu lui offrir de nombreux cadeaux pour la «convaincre» de rester. Pourtant cette dernière a réalisé en 2011 un bénéfice de 8,59 milliards de francs! Faudrait-il pleurer sur son sort parce que ce bénéfice est inférieur (-7%) à celui de 2010, année d’un bénéfice record, en hausse de 18%?
Pour ne pas spéculer sur des accords dont les détails restent – bien évidemment – cachés à la population et aux salarié-e-s, contentons nous ici de répéter ce qui est connu publiquement: l’entreprise bénéficiera d’allégements d’impôts (pouvant aller jusqu’à 100 %) sur ce qu’elle produit à Prangins. Elle obtiendra aussi la possibilité d’utiliser et de rentabiliser un terrain de 22000 m2, ce qui lui permettra « d’obtenir une plus-value qui pourrait atteindre les 19 millions de francs » en faisant construire et en revendant logements et centres commerciaux sur cette zone située à quelques mètres de la gare CFF. Enfin et surtout, la moitié environ des employé-e-s (celles et ceux qui travaillent en équipe) devront travailler deux heures et demie de plus chaque semaine, sans compensation salariale! Ils n’auront droit qu’à une indemnité limitée (1600 francs), financée, qui plus est, par les salariés eux-mêmes! Un véritable chantage de la multinationale, la dictature du capital au XXIe siècle.
Il ne faut donc pas se voiler la face: ce que montre cette affaire n’a «d’historique» que de montrer à une large échelle une pratique qui, avec la crise économique, devient courante dans l’industrie en Suisse: l’augmentation du travail gratuit. Alors que les sociétés capitalistes se caractérisent par la part de travail que l’employé-e fournit gratuitement et que l’employeur s’approprie, ce sont encore plusieurs heures de travail sans contreparties salariales qui sont introduites pour les salarié-e-s! Le «miracle Novartis» permet aussi de rappeler à l’ensemble des entreprises du canton de Vaud qu’en cas de restructurations, celles-ci peuvent profiter des mêmes allégements fiscaux dont va bénéficier Novartis: «entreprises vaudoises, le cadeau fiscal « façon Novartis », c’est pour vous aussi», comme le titre 24 heures du 19 janvier dernier, en donnant la parole aux principaux représentants des patrons vaudois.

Arrêter la machine!

En clair, c’est la régression sociale à l’infini que nous propose ce modèle économique basé sur la recherche du profit sans la moindre prise en compte des intérêts sociaux et écologiques collectifs. De combien d’heures de travail gratuites supplémentaires et d’exonérations fiscales indécentes vont-ils avoir besoin dans les prochaines années pour satisfaire leur soif de profit sans limites? De beaucoup trop, à n’en pas douter. Pour résister à ces retours aux conditions d’exploitation d’un autre temps, nous ne pouvons plus compter sur des «représentants» qui transforment en succès pour les salarié-e-s ce qui n’est qu’un succès de la paix sociale en Suisse et des intérêts des multinationales. Succès qui nous conduisent, pas à pas, vers la fuite en avant dans la destruction des quelques freins qui existent encore et qui limitent un tant soi peu l’exploitation de la main-d’œuvre par les capitalistes.
Novartis a maintenu la suppression de 2000 postes aux Etats-Unis et de centaines d’autres en Europe, ailleurs qu’à Prangins. Des milliers de personnes vont tout de même être jetées dehors et ce, malgré les profits colossaux de Novartis, les rémunérations indécentes de ses dirigeants et les sacrifices forcés des salarié-e-s et de la collectivité. Nous qui n’avons que nos salaires (et parfois même pas) pour vivre n’avons d’autres choix que nous organiser et nous mobiliser collectivement pour défendre nos intérêts, y compris internationalement, pour faire barrage à ces attaques que les capitalistes mènent de manière coordonnée partout sur la planète. Ce n’est qu’ainsi que pourront émerger des alternatives nouvelles correspondant aux besoins sociaux et écologiques de la majorité, qui restent fondamentalement irréconciliables avec les besoins toujours plus monstrueux des capitalistes.

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