«Désordre en Suisse et autour de la Suisse» (Stabilo due): un exercice militaire peu commenté
Les révélations au sujet du dernier exercice d’Etat-major de l’armée suisse n’a pas suscité beaucoup de commentaires. Intitulé «Désordre en Suisse et autour de la Suisse», il confirme la mission essentielle de l’armée: le maintien de l’ordre intérieur d’une société capitaliste, habillé dans les termes plus présentables de la «défense de nos institutions». Les déclarations des responsables militaires sont sans ambiguïté aucune. La crise peut, même en Suisse, susciter de forts mouvements revendicatifs. Afin d’éviter leur extension et leur radicalisation, il faut les étouffer dès le départ. Un groupe de travail (Milizkomission C) récemment formé, composé de neuf officiers supérieurs, en grande majorité dirigeants industriels et bancaires, l’exprime clairement: «empêcher une escalades des troubles dès le début».
Délire anticapitaliste? La Suisse est le seul pays en Europe où son armée a été exclusivement engagée contre «l’ennemi intérieur». Lors des grèves générales de 1909, 1918. A Genève en novembre 1932, où des manifestant·e·s essuyèrent des tirs, qui causèrent 13 morts et une centaine de blessé·e·s.
Ce n’est pas de l’histoire ancienne
Le maintien de l’ordre intérieur reste toujours une des tâches affirmées par la Constitution fédérale (art. 185), à laquelle prêtent serment tous les élus fédéraux!
Un exercice similaire dans les années 80 simulait une situation de crise politique, durant laquelle le Conseil fédéral interdisait deux partis de gauche existants, le Parti suisse du travail et la Ligue marxiste révolutionnaire! Le conseiller national Paul Rechsteiner avait demandé de supprimer la tâche de maintien de l’ordre par l’armée. Les chambres fédérales ne l’ont pas entendu ainsi.
Lorsque qu’on souligne au stabilo, c’est pour mettre en évidence des choses importantes. Le titre de cet exercice vient confirmer à quel point dans ce pays la classe dominante ne laisse rien au hasard et anticipe toute sorte d’évènements, y compris des scénarios de crise et de confrontations de classe.
Le débat légitime sur l’ampleur des dépenses militaires, notamment sur l’acquisition d’un nouvel avion de chasse, ne doit pas évacuer l’actualité d’une opposition de principe à toute force armée organisée pour défendre l’ordre établi de la bourgeoisie. L’initiative lancée par le GSSA pour abolir l’obligation de servir ne va pas dans ce sens. Au contraire, elle peut accréditer une armée réduite de professionnels du maintien de l’ordre. Le comble pour des militant·e·s qui se déclarent anti-militaristes.
José Sanchez
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