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Les enjeux des choix de la Banque Nationale Suisse

21 janvier 2015 • Economie, Suisse

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Nous n’examinerons pas ici le bien fondé de la Banque nationale suisse (BNS) de supprimer le taux fixe, décidé depuis 2011 pour fixer le FS à l’euro. Observons cependant que dans le contexte ultra-libéral européen et mondial, qui dénigre toute intervention publique et gouvernementale (par exemple pour fixer un salaire minimum), les interventions d’une banque centrale sont parfaitement acceptées. Par contre, nous ne connaissons ni les instances qui ont pris la décision au sein de la BNS, ni leur fonctionnement. Est-ce cela la démocratie ?

Les élections en Grèce peuvent amener une nouvelle orientation politique et économique avec la formation Syriza. Son programme n’est plus dicté par les mesures d’austérité de la Commission européenne (CE) et de ses dogmes libéraux (équilibre budgétaire et remboursement des dettes publiques).

Face à ce possible changement, les responsables politiques de la CE et de certains pays européens crient haut et fort : pas d’interventionnisme de l’Etat, laissez faire le « marché » et surtout favorisez-le !

Pour une politique économique alternative.

Pourquoi toutes ces éminences politiques et leurs conseillers économiques refusent à La Grèce, cette capacité d’intervention, alors que la BNS a la liberté de le faire ? La décision « interventionniste » de la BNS n’est pas la première. En fixant un taux fixe du franc suisse face à l’euro en septembre 2011, une première entorse aux mécanismes du marché avait déjà eu lieu. Ni la CE, ni Madame Merkel n’avaient menacé de représailles la Suisse, ses banques et ses établissement financiers.

La décision de la BNS du jeudi 15 janvier est surtout une décision politique sur l’environnement économique. Prise en secret, cette décision a donc échappé aux mécanismes infaillibles du « marché ». Provenant de l’économie la plus libéralisée et la plus libérale au monde et d’une des principales économies capitalistes, l’acte de la BNS démontre la nécessité d’une politique économique, fixée par « en haut » et s’imposant à tous les acteurs économiques, banques et industries.

Si demain en Grèce, un gouvernement Syriza décide de ses propres priorités économiques et met en place un nouveau cadre, ce gouvernement n’aura finalement fait que suivre l’exemple de la BNS. La grande différence, c’est que la BNS prend comme repère les intérêts globaux du capitaliste helvétique face à ses concurrents et face aux changements produits par la crise. Syriza, et peut-être Podemos en Espagne, auront une autre orientation : Répondre aux conséquences de la crise sur les conditions d’existence des travailleurs, des chômeurs, des jeunes et des retraités. En somme prendre en compte les intérêts et les conditions d’une majorité de la population, précarisée et ignorée par la CE et ses institutions.

Les politiques d’austérité ne sont donc pas une fatalité économique, mais des choix politiques. Exactement comme la BNS a considéré que l’intérêt général pour les capitalistes suisses était de renoncer à la parité fixe.

Pourquoi la fin du taux fixe ?

Deux éléments ont décidé la BNS à supprimer le taux fixe avec l’euro. Le premier est évident, c’est la dégringolade de l’euro. Depuis juillet 2012, l’euro a perdu 10% de sa valeur face au dollar US, qui reste la monnaie de référence pour le commerce et les échanges mondiaux. Or rien ne semblait arrêter cette chute ou l’amortir. Cette perte de valeur est finalement le reflet de la faiblesse du capitalisme européen, de son manque de concurrence et de la faiblesse de son marché, face à ses concurrents américains et chinois. La crise financière de 2008 a entraîné en Europe une crise sociale, avec l’application de sévères politiques d’austérité, et donc ses conséquences, chômage et réduction de la demande solvable. Autrement dit, la crise financière a révélé une crise de surproduction classique dans un système capitaliste touchant la région euro. Trop de marchandises, concurrence étrangère, réduction du pouvoir d’achat suite aux mesures d’austérité. Autant dire que la relance est un vœu pieux, une prière de saint François. Pendant ce temps, les capitaux vont vers des horizons plus rentables, il en existe encore.

Autre considération qui a pesé vraisemblablement dans le choix de la BNS, c’est la possibilité pour la BCE d’acheter des dettes publiques européennes (programme d’assouplissement quantitatif) à partir du 22 janvier. Cette possibilité, avec l’hypothèque des élections grecques du 25 janvier, risque d’affaiblir encore l’euro et d’offrir des possibilités pour des politiques anti-austérité à une nouvelle majorité en Grèce, et peut-être plus tard dans d’autres pays. Pour la BNS, cette brèche était insupportable et elle a préféré se débarrasser de ce boulet encombrant, en prévision de nouvelles difficultés et de nouvelles contradictions dans la zone euro. Là aussi le message politique est clair. La BNS ne vous suivra pas dans cette voie d’un possible assouplissement de l’austérité.

Hypocrisie patronale

Les patrons suisses ont bénéficié durant près de quatre ans d’une subvention et d’une assurance monétaire unique au monde. Qu’ils crient maintenant au scandale, comme M. Hayek (PDG du groupe horloger SMH) ou dans les salons de luxe à Genève est le sommet de l’hypocrisie. Les gains accumulés durant cette période, ils ne les ont partagés avec personne, surtout pas avec les travailleurs du groupe SMH.

Par contre, utiliser cette nouvelle situation pour envisager de réduire les salaires des travailleurs frontaliers, voilà une proposition particulièrement scandaleuse. L’arrogance et le toupet des patrons n’ont vraiment aucune limite. Ceux qui ont bénéficié de la politique monétaire de la BNS se retournent maintenant contre une partie des travailleurs.

Dans une société de classe, les capitalistes saisissent la moindre occasion pour imposer leurs conditions et leurs avantages. Refusons d’entrer dans ce jeu de division. Les salaires des travailleurs frontaliers, comme ceux des travailleurs suisses, ne doivent être baissés sous aucun prétexte.

José Sanchez

 

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