Menu

Grèce : Bonne année, pleine des défis !

5 janvier 2015 • Europe

Share Button

Même si le Père Noël n’est qu’une personne imaginaire, les travailleurs et les travailleuses en Grèce commencent l’année 2015 avec un gros cadeau qu’ils se sont offert pendant les derniers jours de 2014. Malgré tous ses efforts, le gouvernement de coalition entre la droite et le parti socialiste n’a pas réussi à engranger les votes de 180 parlementaires, minimum nécessaire pour élire le président de la république. Les deux délégués des nazis de l’aube dorée qui ont soutenu le choix du gouvernement n’ont pas non plus pu empêcher le naufrage.

Le premier ministre, Antonis Samaras et son bras droit Evaggelos Venizelos (chef du parti socialiste) ont sorti toutes les armes qu’ils avaient à leur disposition. La menace de la sortie de l’euro, de l’insécurité, des transferts massifs des capitaux dans des banques (évidemment) suisses, en gros un cataclysme historique.

Mais . . . ça n’a pas suffi.

Les fissures dans la coalition et la pression d’en bas sur toutes les autres forces politiques ont torpillé leur initiative. Cet échec n’est pas habituel dans l’histoire parlementaire grecque.

L’origine de cet échec est l’effondrement du bipartisme traditionnel. Il y a 5 ans en arrière ces deux partis totalisaient ensemble plus de 80% des voix. Maintenant ils peinent à arriver à 30%. Ceci fait qu’aujourd’hui, même unis, ils n’ont pas le nombre de parlementaires nécessaires pour assurer les 180 votes, malgré l’incroyable bonus de 50 sièges qui est offert au parti qui arrive en tête aux élections.

La classe bourgeoise et ses marionnettes politiques n’étaient pas non plus seules dans cette campagne de peur. Les dirigeants de la Banque centrale européenne, de la commission et le FMI n’ont pas pu se retenir. Suspendre l’aide financière jusqu’au lendemain des élections était leur moyen ultime d’intimidation et de chantage.

Un changement historique

La raison est simple. Un parti politique à gauche du PS, Syriza, est pour la première fois en tête dans les sondages et pourrait obtenir une marge suffisante pour gouverner sans avoir besoin de faire une coalition avec des forces à sa droite. Cependant Syriza ne se trouve pas dans cette position grâce au joli profil de son chef, Alexis Tsipras, comme le prétendent les medias.

Ce changement vers la gauche est le résultat de la lutte ininterrompue des travailleurs depuis 2008. Un nombre des grèves générales jamais vu auparavant, mais surtout des centaines des grèves sur les lieux de travail ont fait que tous ces gens se sont orientés vers la gauche. Les travailleurs et les travailleuses de la télé et de la radio publique qui n’ont jamais arrêté d’émettre leur programme et les femmes de ménage qui sont toujours devant le ministère d’économie au centre-ville d’Athènes sont devenu.e.s des symboles mais ils n’ont jamais étés seuls. Concierges et gardien.ne.s d’écoles, travailleurs et travailleuses chez Coca Cola, Geniki Anakyklosi (entreprise de tri), enseignants aux écoles, personnel des administrations universitaires, matelots . . . (bref l’espace ne suffit pas pour toutes et tous les mentionner), ont fait que le capital en Grèce n’a pas pu respirer calmement ces dernières années.

La montée de Syriza est l’expression électorale de toutes ces luttes des travailleurs et des travailleuses, d’étudiant.e.s, d’immigrant.e.s et de mouvement locaux.

Face aux dilemmes

L’arrivée de Syriza au gouvernement n’est pas la fin de toutes ces luttes. Si d’un côté la classe ouvrière doit défendre son exploit, d’avoir un gouvernement de gauche, face aux offensives du capital, elle doit en même temps être prête à utiliser tous ses moyens afin de garantir que Syriza réalise ses promesses et ne recule pas face aux exigences de la bourgeoisie, grecque et internationale.

Syriza comme tout parti réformiste a déjà montré ses faiblesses. Garantir aux banquiers de la City de Londres qu’ils n’ont pas raison d’avoir peur pour leurs investissements, comme il l’a fait Tsipras, n’est pas en accord avec les intérêts des travailleurs et des travailleuses en Grèce.

Si Syriza gagne ces élections il sera confronté à plusieurs dilemmes. Que fera-t-il avec la police qui est dirigée par des nazis? Comment va-t-il s’affronter à un système judiciaire qui fait tout pour blanchir les assassins et les pogromistes de l’Aube dorée? Comment va-t-il traiter les capitalistes qui vont continuer à pratiquer l’évasion des capitaux vers l’étranger?

Un cadeau à conditions

La seule chose qui peut garantir que Syriza prendra des mesures qui soulageront les travailleurs, les chômeurs, les retraité.e.s et les étudiant.e.s est la forte présence et la vigilance du mouvement ouvrier. Les travailleurs doivent être prêts à revendiquer une hausse des salaires, les chômeurs l’ouverture des entreprises qui ont fermé, sous leur propre contrôle, les retraités le rétablissement de leurs retraites et les étudiants l’abrogation de la loi sur l’asile et des lois qui mettent des limites à la durée des études.

D’un côté la classe ouvrière en Grèce nous a prouvé qu’elle sait comment se battre et qu’elle est tout sauf endormie.

De l’autre, côté les bourgeois ne vont pas accepter qu’on leur prenne la richesse ni de rétablir ces droits fondamentaux. Les banques, les armateurs et leur appareil étatique ne vont pas arrêter leur sale guerre après une éventuelle victoire de Syriza.

Le seul garant est la force collective de la classe ouvrière. Plus le mouvement ouvrier est indépendant et fort plus il sera pour forcer le gouvernement à faire des réformes. Plus il s’appuie sur ses propres formes d’organisation, plus la voie est ouverte vers un changement fondamental dans le rapport des forces entre les travailleurs et leurs alliés et la bourgeoisie. Mais plus il est lié aux structures du pouvoir étatique, plus la possibilité d’une réaction bourgeoise est grande1.

Dimitris Daskalakis

1) Chris Harman et Tim Potter, The workers government, www.isj.org.uk/?id=295

Share Button

Publications similaires

Les commentaires sont fermés.

« »