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Hugo Chavez: qui va le remplacer ?

Déposé par dans 13 mars 2013 – 17:50Pas de commentaire

Les médias l’ont présenté comme un «dictateur», en cachant l’énorme soutien populaire, chargé d’espoir, dont il bénéficiait au Venezuela et en Amérique latine. Beaucoup d’acharnement pour masquer l’importance politique de ce leader.

Le décès de Hugo Chavez permet de mesurer comme sa personnalité complexe et généreuse a marqué tout le continent sud-américain. Une partie de son programme a été réalisée: les conflits entre les Etats se sont apaisés et l’on est arrivé à une attitude commune qui a réduit la possibilité d’une intervention des Etats-Unis; des organisations continentales se sont développées, ont réintégré Cuba et ont exclu le dangereux voisin du Nord. Il a contribué à relancer Cuba, avec un nouveau genre de relations, basé sur l’échange entre pétrole et prestations sanitaires.

On a réappris à parler de socialisme
Après «la chute des murs», il était très difficile de parler de socialisme; même les zapatistes n’en avaient pas parlé et souvent les nouveaux mouvements parlaient seulement d’un «autre monde possible». Chavez a osé proposer un «socialisme du XXIe siècle». En partie c’est resté uniquement un beau projet, même s’il n’est pas mis de côté comme celui de construire une Ve Internationale. Les disparités sociales sont restées, mais les mesures qui ont réduit la pauvreté absolue des couches populaires ont été telles que beaucoup de vénézuéliens pleurent le seul président qu’ils considèrent comme leur proche.
Grâce à tout cela, Chavez a gagné encore en 2012 deux élections. Mais tout de suite après, la nouvelle phase de la maladie du président a fait craindre que les problèmes arrivent non pas de l’extérieur de la coalition chaviste, mais plutôt de la rivalité entre les deux principaux candidats à la succession, le vice-président Nicolas Maduro et le président du Parlement, Diosdado Cabello, contesté par de nombreux militants car considéré comme le principal représentant de la «bolibourgeoisie». Cabello a été désavoué à plusieurs reprises par les électeurs, mais toujours récupéré par le président qui lui a toujours confié des charges importantes. Probablement, outre une vieille amitié, la protection de Chavez s’explique par le fait que Cabello est la personnalité la plus appréciée par les militaires, qui en majorité ne sont pas de gauche et qui ont un poids considérable dans l’administration.

Qui va le remplacer?
Aujourd’hui, la mort du commandant Chavez pose des problèmes délicats non seulement au Venezuela, mais en Amérique latine, continent où il a joué un rôle important en créant de nombreux liens, rôle qu’aucun de ses successeurs vénézuéliens ne sera en mesure de remplir avec le même prestige. Il sera difficile que ce rôle soit joué par Evo Morales ou par Correa, à cause aussi du poids moins important de leurs pays. Quant à Cristina Kirchner, elle pourrait difficilement avoir la capacité de construire la nouvelle Amérique latine autour de son pays. Lula ou Dilma auraient des difficultés à être acceptés à cause du rôle subimpérialiste du Brésil. Et Cuba est trop empêtré dans ses contradictions pour pouvoir jouer un rôle continental comme par le passé.

La fin du processus bolivarien?
Mais l’avenir du processus bolivarien est lié au fait que le groupe dirigeant restreint est resté quasiment inchangé, toujours dépendant du rôle du lider maximo, alors qu’aujourd’hui il faudrait un contrôle par le bas. Le Partido Socialista Unido de Venezuela (PSUV) n’a pas un vrai débat interne, ni la capacité sur les dirigeants et sur leur sélection. Il est évident que le rôle d’arbitre de Hugo Chavez a jusqu’à maintenant permis de garder ensemble tout le monde, sans que se soient clairement manifestées les différences politiques, lesquelles peuvent par contre émerger brusquement après sa disparition. Il s’agit des désavantages d’un pouvoir fortement centralisé sur une seule personne, qui n’était certainement pas le «dictateur» tant démonisé par la presse européenne et américaine, mais qui n’était pas non plus seulement un primus inter pares.
Mais comme il l’a dit Guillermo Almeyra, le chavisme va au-delà de l’homme: c’est la vague qui l’a libéré de la prison après le renversement de 2002 et qui l’a poussé à se radicaliser; ce sont les ouvriers qui occupaient la fabrique Sidor et qui en demandaient la nationalisation; ce sont les masses qui s’organisent dans les organes locaux du pouvoir populaire. L’avenir du Venezuela dépendra d’eux et de leur capacité à rester vigilants face aux tentatives de renverser le processus en réduisant Chavez à une icône sur un maillot rouge.

Article d’Antonio Moscato paru dans L’Anticapitaliste n°87, 14 mars 2013