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Le modèle chaviste et la perspective émancipatrice

Déposé par dans 6 mars 2013 – 10:59Pas de commentaire

A l’occasion de la mort d’Hugo Chavez, nous mettons en ligne ci-dessous un article paru dans L’Anticapitaliste n° 78 du 18 octobre 2012 à la suite des élections présidentielles au Venezuela.

Sur le même sujet, voir aussi l’article d’Antonio Moscato, «Lumières et ombres sur la victoire de Chavez» également paru dans L’Anticapitaliste n° 78 du 18 octobre 2012.

Après la victoire de Chavez, quelques questions pour l’avenir

A première vue, les élections présidentielles au Venezuela ont de quoi rassurer. Avec une participation massive (plus de 80%), une nette majorité (55%) renouvelle sa confiance à Hugo Chavez, qui obtient plus de 700 000 voix supplémentaires par rapport à 2006.

La polarisation du scrutin a été extrême, Chavez et Capriles ont réuni 99,4% des votes et ont effacé tous les autres candidats. Exclus durant les années des bénéfices pétroliers, travailleurs et paysans ont voté pour Hugo Chavez, car il avait amélioré substantiellement la situation des plus pauvres et facilité l’accès à l’enseignement et aux soins. Preuve que la pauvreté n’est pas une fatalité, qu’une autre distribution des richesses naturelles est possible, ainsi qu’une politique extérieure indépendante et solidaire, notamment avec Cuba.

C’est un désaveu pour ceux qui espéraient mettre fin à cette situation et normaliser le pays à coups de privatisations et de coupes budgétaires, afin de modifier l’attribution de la manne pétrolière à une poignée de nantis.

Les limites du modèle chaviste

Mais les conservateurs ont réussi à capter une partie de l’électorat populaire et ont augmenté notablement leur nombre de suffrages (plus de 2 millions de voix par rapport à 2006). La démagogie populiste et la peur du chaos n’expliquent pas tout. Ce report de voix apparaît plus comme un désaveu du gouvernement qu’un soutien déterminé aux mesures libérales proposées par la droite. Il n’y a pas 2 millions de nouveaux riches au Venezuela! Par contre, les déceptions et les critiques se font croissantes.

Face à la misère, les plans d’urgence issus de la répartition des richesses pétrolières pour améliorer les soins, l’éducation, le logement et l’alimentation se justifiaient pleinement. Entre 2002 et 2010, la pauvreté est passée de 48,6% à 27,8% de la population, l’extrême pauvreté a elle aussi été réduite, de 22,2% à 10,7%. Mais après huit ans de poli- tique distributive et de réformes, cela sonne plutôt comme un échec. Pourquoi y a-t-il encore tellement de pauvres? Même constat pour l’habitat. Pourquoi a-t-il fallu attendre 2011 pour annoncer le lancement d’un nouveau plan logements?

Le projet politique de Hugo Chavez se voulait très ambitieux. Présenté comme le «socialisme du XXIe siècle», ce programme d’émancipation économique et social n’a pas beaucoup avancé. Au contraire, l’usage intensif de la rente pétrolière a favorisé les gaspillages, la corruption et les pratiques clientélistes. Au détriment de la réalisation effective de nouveaux projets, de l’entretien des infrastructures existantes ainsi que de l’efficacité et de la diversification économiques.

L’Amérique latine a connu beaucoup de dirigeants qui se considéraient comme providentiels, reprenant la figure du «Caudillo» des luttes de libération nationale contre les colons espagnols au XIXe siècle. De Cardenas (au Mexique) à Peron (en Argentine), des politiques paternalistes mêlant des concessions aux mouvements populaires, des réformes sociales limitées et l’encadrement des masses, ont abouti à de cuisants échecs, dérivant vers des régimes corrompus et autoritaires et anéantissant les espoirs de changement.

Il est aussi surprenant d’entendre Chavez «tendre la main à cette nouvelle droite» après le scrutin. Par quel miracle les ennemis de hier sont-ils devenus aujourd’hui fréquentables? En quoi leurs projets politiques doivent être pris en considération?

La perspective d’une libération émancipatrice

Face aux millions d’électeurs, soit déçus soit méfiants envers le projet de changement, le meilleur moyen de les convaincre d’un projet socialiste est de le construire de manière cohérente, en montrant dans la réalité la supériorité d’une planification économique sur la concurrence du marché.

Evidemment, cette politique doit s’accompagner d’une guerre impitoyable à la corruption et la spéculation, en promouvant de nouveaux droits dans les institutions, mais aussi dans les entreprises et les quartiers. Ne pas augmenter une armée de fonctionnaires, mais organiser une autogestion populaire. La souveraineté et la solidarité dans tous les domaines de la société ne doivent tolérer aucune injustice, ni aucun arbitraire. La participation populaire ne doit pas se limiter aux meetings électoraux.

Au Venezuela, il est encore possible de corriger le cours politique pour construire une société nouvelle, excluant l’exploitation et la domination, où la propriété collective est majoritaire et où la démocratie se pratique à tous les échelons, accompagnée par la liberté de critique et de proposition de tous les citoyens et forces politiques révolutionnaires.

Adelante!