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On aurait pu avoir un Syriza italien… Mais on se retrouve avec Beppe Grillo!

Déposé par dans 27 février 2013 – 00:41Pas de commentaire

Moins de 10% des voix pour le candidat du gouvernement sortant, celui imposé par Merkel et la Banque centrale européenne; un résultat fort décevant pour ce qu’il est convenu d’appeler le centre gauche; un fiasco total des listes qualifiées d’extrême gauche; la résurrection partielle de Silvio Berlusconi et, surtout, le succès des listes du comique populiste Beppe Grillo. Voilà de quoi promettre au pays une instabilité politique prononcée pour le plus grand dam des décideurs de Bruxelles.

Comment interpréter les élections italiennes? Réaction à chaud de Nando Simeone, ancien élu du Parti de la refondation communiste et membre de la direction nationale de Sinistra critica.

Nando, au-delà de la surprise représentée par le succès des listes de Grillo, ce qui frappe en un premier temps c’est la débâcle du gouvernement sortant dirigé par Mario Monti, qui n’atteindra peut-être pas 10% des voix.
Nando Simeone: C’est vrai que le projet Monti, soutenu par de larges secteurs de la bourgeoisie italienne, par le Vatican et même par certains secteurs du syndicalisme catholique n’atteint pas son but, qui était de construire un nouveau centre capable de gérer l’austérité. En ce sens, le résultat d’aujourd’hui exprime surtout une crise de représentation des classes dominantes, qui ne trouvent pas un cadre stable pour imposer leur politique.
Une situation d’ingouvernabilité?
Eh oui. Le tsunami représenté par Grillo est une expression de la crise du système. D’un côté, il exprime la souffrance sociale qui est énorme dans ce pays et il polarise un mal-être social massif. De l’autre, il fait voler en éclats le bipartisme traditionnel. En fait aujourd’hui, en plus du centre-droit et du centre-gauche, il faut compter sur Grillo et Monti. C’est dire si c’est ingouvernable…

Un mouvement antisystème, celui de Grillo?
Il y a de tout, là-dedans, des anciens de la gauche radicale aux déçus de la droite. Mais ce mouvement a su capter les voix de la souffrance sociale à laquelle ni le Parti démocrate ni la gauche radicale n’ont su donner de perspectives. A Turin, par exemple, c’est le mouvement contre la construction de la ligne de trains à haute vitesse qui était invité au meeting de Grillo tandis qu’à Rome, c’est sur la Piazza San Giovanni, lieu historique de rendez-vous de la gauche, qu’il a tenu son meeting le plus important. Il a d’ailleurs capté beaucoup de suffrages venant des secteurs syndicaux les plus combatifs, la FIOM, et, évidemment, aussi des centrales syndicales plus modérées.

Des secteurs que la liste «Révolution citoyenne» n’a pas su capter puisqu’elle stagne à moins de 2,5%…
Marginalisée, la liste «Révolution citoyenne» l’a été d’abord par son ambiguïté politique dans la mesure où cette coalition – qui comprenait aussi le parti «Italia dei valori» de l’ancien juge Di Pietro qu’on ne peut franchement pas caractériser d’homme de gauche – s’est surtout profilée derrière la stature morale de son candidat, le magistrat Ingroia, sans contenus sociaux et classistes, sans un profil cohérent. De plus, elle a été prise en tenaille entre le vote utile pour le Parti démocrate et la liste Grillo.

Et c’est là-dessus que s’est aussi construite la résurrection de Berlusconi?
Sa démagogie et son populisme ont fait mouche sur un terrain social désagrégé par les coups imposés au mouvement social avec les complicités de la gauche. Face à un corps social fragmenté par la suppression des protections sociales et l’offensive libérale et à un mouvement ouvrier qui a perdu la boussole, il avait beau jeu. Sa démagogie ne pouvait qu’être payante. Et elle a payé.

Mais, indépendamment du score de Berlusconi, l’instabilité politique demeure. Elle pourrait à court terme ouvrir la voie à des politiques autoritaires.
Evidemment. On peut imaginer que, une fois les résultats confirmés, un gouvernement de coalition large promulgue une nouvelle loi électorale restrictive et limitative de l’expression électorale dans la perspective de nouvelles élections. La bourgeoisie italienne peut être saisie d’une tentation autoritaire qui l’amène à réduire les espaces démocratiques aussi bien sur le terrain soci al que sur le plan électoral. Ainsi, on parle déjà d’un quorum à 15%… C’est ce tournant autoritaire qui pourrait lui permettre de rétablir la gouvernabilité du pays, outil de l’imposition des politiques d’austérité.

Avec un mouvement social désarticulé et incapable de réagir?
Les forces anticapitalistes doivent aujourd’hui tirer le bilan face à cette situation. Celle-ci ne tombe pas du ciel. Si en 2008 Bertinotti ne nous avait pas sacrifiés sur l’autel de la participation gouvernementale en soutenant le gouvernement Prodi, y compris dans la guerre en Irak, le Parti de la refondation communiste aurait pu être en mesure de capter aujourd’hui le mécontentement social et devenir le Syriza italien. A la place, c’est le mouvement de Grillo que nous avons…
Article paru dans L’Anticapitaliste n°86, 28 février 2013