Elections chaotiques en Italie
Le résultat des élections qui auront lieu les 24 et 25 février prochains en Italie est loin d’être prévisible. La victoire du Parti démocrate, qui semblait acquise il y a peu, pourrait être remise en cause.
Deux inconnues pointent à «gauche»: le Mouvement 5 étoiles et une liste de gauche indépendante. Et pour la première fois depuis les années 1990 s’opposeront trois blocs et pas seulement deux. La principale inconnue est représentée par la présence d’une nouvelle liste au niveau national, celle du Mouvement 5 étoiles (M5é) emmené par le comique Beppe Grillo, liste créditée de 12 à 18% des voix selon les sondages.
Un succès comme celui qui a promu ce mouvement premier parti de Sicile suite aux dernières législatives régionales perturberait tous les jeux parlementaires traditionnels. En effet, le M5é a déjà annoncé qu’il refusera toute alliance. Grillo lui-même ne sera pas candidat afin de souligner la rupture avec la «caste» des politiciens professionnels.
Une autre liste a été constituée à l’initiative de prestigieux intellectuels indépendants se situant clairement à gauche du Parti démocrate. Si ses premiers pas ont été prometteurs, la suite l’est beaucoup moins. En effet, au mois de décembre les résidus du Parti de la refondation communiste (PRC) et l’Italie des Valeurs de Di Pietro ont réussi à casser l’intéressante dynamique initiale. Cela en imposant à la tête de cette liste Antonio Ingroia, un magistrat qui s’est certes distingué dans la lutte contre la mafia, mais qui n’est pas préparé à la lutte politique et qui a laissé les secrétaires des petits partis jouer un rôle primordial dans la formation des listes électorales. Cela a conduit à des manœuvres politiques d’ancien style et à la nomination de plusieurs candidats indécents, ce qui a scandalisé même les premiers promoteurs de cette liste.
Le Parti démocrate ne reconnaît pas son erreur
Le Parti démocrate, grand favori du scrutin, est mis en difficulté par la création d’une liste emmenée par le Premier ministre actuel, Mario Monti. Ce dernier, contrairement à ce que racontent la plupart des média, n’a pas sauvé le pays, mais plutôt porté un coup sans précédent aux droits des travailleurs, aux retraites, et à l’emploi. Il a été logiquement appuyé par la droite berlusconienne et de manière absurde par le Parti démocrate.
Retour en scène de Berlusconi
Ce dernier est en train de perdre son avantage initial car il n’a pas le courage d’affirmer qu’il a commis une erreur en soutenant un gouvernement qui pendant quatorze mois a massacré les travailleurs, augmenté l’aide aux écoles privées et religieuses et gonflé le budget de l’armement. Au point qu’un petit succès de la liste «Révolution civile» d’Ingroia pourrait faire perdre le contrôle du Sénat au Parti démocrate. D’où ses attaques systématiques envers cette liste alternative.
Il faudra aussi tenir compte du retour en scène de Berlusconi qui, notamment à travers une présence massive dans les médias (sur ses propres chaînes mais aussi sur les TV publiques), a réussi a relancer son parti, passé de 11% à 18% dans les sondages. Sa victoire est impossible, mais le Parti démocrate en fait un spectre pour discipliner l’électorat de la gauche indépendante.
Article d’ Antonio Moscato paru dans L’Anticapitaliste n°84, 31 janvier 2013
http://antoniomoscato.altervista.org
Antonio Moscato, historien et militant marxiste révolutionnaire, vit à Lecce où il a été titulaire de la chaire d’histoire du mouvement ouvrier. Il propose ses Eclairages un numéro sur deux dans L’Anticapitaliste.
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste