Asile : 63 224 signatures qui annoncent la bataille à venir !
Le référendum contre les mesures urgentes de la révision de la Loi sur l’asile a été déposé avec 63 224 paraphes. La Gauche anticapitaliste, qui a contribué à faire aboutir le référendum, s’investira dans la campagne en vue de la votation prévue le 9 juin prochain.
Lors du lancement du référendum en octobre, rares étaient ceux qui auraient misé sur le fait que plus de 60 000 signatures seraient déjà récoltées à Noël. Le succès rencontré par le référendum, lancé par une petite coalition d’organisations politiques et des milieux de l’asile, est un signal fort contre le démantèlement sans fin de la loi sur l’asile.
Un signal fort contre les durcissements en cours

Ce signal est d’autant plus important qu’il intervient alors que de nouveaux durcissements sont en cours dans le domaine de l’asile. Le 14 décembre, le Parlement a mis sous toit la suite de la révision de la Loi sur l’asile. Ce nouveau volet est tout aussi abject que les mesures urgentes, extraites en septembre dernier pour être immédiatement appliquées. Il sanctionne pénalement toute activité politique menée par les requérants. A l’avenir, tous les requérants déboutés ayant reçu un ordre de départ seront privés d’aide sociale. Quant aux requérants dits «récalcitrants», ils seront pénalisés par une réduction ou une suppression des moyens qui leurs sont attribués. A ces deux volets s’ajoute le grand projet de Simonetta Sommaruga de créer de grands centres fédéraux dans lesquels serait menée l’ensemble d’une procédure «accélérée» jusqu’au renvoi. A ce rythme, la Suisse des «camps d’internement» devrait voir le jour prochainement… Empêchant toute vision d’ensemble, ce saucissonnage des révisions entrave le débat démocratique: les organisations du défense du droit d’asile ne disposent pas des moyens pour lancer de manière systématique un référendum, en l’occurrence contre le dernier paquet voté.
Mener bataille au lieu de leur laisser le terrain
Le succès du référendum est aussi le résultat d’une mise en mouvement de réseaux militants en Suisse alémanique. Près de 45 000 signatures ont été récoltées outre-Sarine. L’engagement et l’activisme de ces réseaux montre qu’un espace s’ouvre en dehors de la gauche institutionnelle pour contrer l’acharnement de la droite à démanteler ce qui reste du droit d’asile et pour répondre à l’aplatissement du PS. Christian Levrat appuyé par le comité directeur du PS, s’est toujours positionné contre le référendum et l’a boycotté. A écouter le tacticien Levrat, on ne mènerait plus aucune bataille car des mesures plus dures nous pendent au nez. Et si laisser le terrain à l’UDC et au reste de la droite pour qu’elle ne fasse pas «pire» permettait de renforcer la position de ceux qui défendent une toute autre politique migratoire, on le saurait!
La votation sur les mesures urgentes est l’occasion de livrer une bataille politique contre la politique antiréfugiés de Sommaruga, du Conseil fédéral et de la droite. Il ne s’agit pas uniquement de défendre ce qui reste du droit d’asile, mais de monter aussi que l’état d’exception permanent pour les demandeurs d’asile en fait un laboratoire pour les discriminations et la négation des droits, préparant le terrain aux violations des droits des salariés dans les domaines de l’aide sociale, du travail et des assurances sociales.
Pour preuve, la création du régime de l’aide d’urgence et de la catégorie des «non-entrée en matière» (NEM) a servi à créer un «sous-minimum vital» pour être humains de «seconde zone». Mi-novembre, un rapport interne de l’administration vaudoise a été révélé dans la presse, dressant les pistes pour accroître la précarité des requérants d’asile déboutés afin de les dégoûter d’avoir recours à l’aide d’urgence. Les hauts fonctionnaires envoyés par Monsieur Vols spéciaux (Philippe Leuba) dans les Grisons pour s’inspirer du dispositif d’asile punitif de ce canton sont revenus enthousiastes…
Isoler les requérants dans les pires endroits reculés et précariser à l’extrême leurs conditions de vie pour les punir de vouloir rester chez nous: la politique helvétique n’a bientôt plus de tabous. Par contre, le Conseil fédéral pratique l’accueil triomphal pour les capitalistes et dictateurs du monde entier. Les multinationales, tel Monsanto, bénéficient d’exonérations pendant dix ans. D’autres sociétés – holdings, mixtes et de domicile – tirent profit d’un «statut fiscal spécial»: elles ne sont imposées que sur une infime partie de leurs bénéfices, qu’elles transfèrent ainsi largement en Suisse. A l’image des sociétés de négoces, qui pillent et commercialisent les ressources des pays riches en matières premières. Bref, c’est Frambois et «vols spéciaux» pour les requérants d’asile, tapis rouge pour les capitalistes et les dictateurs!
Article paru dans L’Anticapitaliste n°84, 31 janvier 2013
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L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste