Une occasion en Or
L’initiative de quelques élus de l’UDC, soumise au vote populaire le 30 novembre, peut surprendre à première vue. Le repli sur des réserves en or de la Banque nationale suisse (BNS) s’apparente à un retour vers un temps mythique où l’or avait non seulement une valeur symbolique mais était considéré comme une référence pour les banques centrales. En Suisse la nouvelle Constitution fédérale a supprimé la parité entre le franc et l’or le 1er janvier 2000. L’initiative demande que 20% des réserves de la BNS soient en lingots (contre 10% aujourd’hui), ce qui obligerait la banque centrale à effectuer une politique massive d’achat du précieux métal.
En réalité, l’intérêt de l’UDC est tout autre. Ce qui gêne nos élus conservateurs est la décision de la BNS en 1991 de verser ses bénéfices à ses actionnaires (cantons et Confédération). Fixé dans une convention, la clé de répartition est d’un tiers pour la Confédération et de deux tiers pour les cantons. Ces revenus ont représenté 2.5 milliards de francs pour la période 2007-2011. Pour les 9 premiers mois de 2014 font apparaître un bénéfice spectaculaire de 28.5 milliards de francs. Les fluctuations des devises expliquent ce résultat exceptionnel, démonstration aussi de l’instabilité du système capitaliste.
La ligne ultra-libérale de l’UDC a comme objectif de réduire le service public et les prestations de l’Etat à tous les niveaux. Un des moyens pour y parvenir est de réduire les recettes dont bénéficient les collectivités publiques. La « subvention » de la BNS est donc inacceptable pour nos libéraux dogmatiques. Empêcher la répartition de cette manne de la BNS est donc un des multiples aspects du « moins d’Etat » recherché par nos néo-libéraux, et qui justifierait à l’avenir de nouveaux plans d’économies.
Même à droite, cette brutale politique de déstabilisation des finances publiques n’a pas trouvé un appui significatif. Les directeurs cantonaux des finances publiques sont montés au front pour dépeindre un paysage apocalyptique en cas d’acceptation de l’initiative. En effet, ils devront déjà gérer la baisse des recettes fiscales provoquées par la baisse des impôts des entreprises. Le coup de scalpel de l’UDC leur semble inutile et dangereux, alors que le bénéfice 2014 de la BNS pourrait être prodigieux.
La xénophobie représente le visage le plus connu de l’UDC. Mais derrière ses propos anti-européens se cache sa véritable intention. Empêcher des législations et des réglementations de la Commission européenne de s’appliquer en Suisse. Les patrons suisses veulent rester totalement maîtres chez eux et influencer directement le pouvoir politique au niveau institutionnel. Les relais à Bruxelles sont plus compliqués et plus incertains. Autant jouer seulement à domicile.
Le nationalisme de l’UDC est la façade du pouvoir des patrons dans ce pays et de leur volonté de rester seuls aux commandes. Toutes les multinationales helvétiques produisent en majorité à l’étranger. Est-ce que l’UDC va aussi demander le rapatriement des usines éparpillées dans le reste du monde, tout comme elle demande le rapatriement des réserves d’or de la BNS ?
José Sanchez
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