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Syrie: les gauches arabes face aux contradictions de leur analyse

Déposé par dans 3 octobre 2012 – 03:39Pas de commentaire

Un récent article du Monde diplomatique *, repris par Le Courrier, présente les différentes appréciations et divergences au sein des gauches arabes sur la crise syrienne. Leurs réticences sont-elles fondées?

Longtemps, les révolutions russes, puis chinoise et cubaine, avaient constitué des références pour toutes les forces révolutionnaires, notamment pour s’inspirer des objectifs et des stratégies politiques. Aujourd’hui, ces références ont été remplacées au Moyen-Orient par la révolution iranienne ou par les formes de résistance inspirées des courants religieux radicaux (Hezbollah, Hamas). Il n’est donc pas étonnant que les forces qui se lèvent contre la dictature de Bachar al-Assad s’apparentent à ces modèles. D’autant plus que le régime syrien n’a pas laissé s’organsier et s’exprimer d’autres courants politiques d’opposition. Le pluralisme du «front national progressiste» n’est qu’une mascarade.

La nature réelle du régime syrien
La légitimité des forces sur le terrain et leur opposition armée est le reflet de la férocité et de l’avidité du pouvoir syrien. Le groupe dirigeant, formé autour de la famille al-Assad, n’a pour seule légitimité que la force et la répression, bâties pour l’enrichissement de ce clan. La militarisation de l’insurrection n’est donc pas une stratégie résultant des islamistes radicaux, mais la seule forme de lutte contre ce régime. Rappelons que Hafez al-Assad avait déjà sauvagement réprimé un soulèvement organisé par les Frères musulmans à Hama en 1982, causant plus de 30 000 victimes. La violence est clairement dans le camp du régime syrien.
Hafez al-Assad avait saisi l’occasion de la défaite militaire de 1967 contre Israël, qui avait porté un coup fatal au projet nationaliste arabe de Nasser, pour montrer à l’impérialisme américain et aux forces conservatrices arabes que son régime constituait un élément de stabilité au Moyen-Orient. Dans ce but, il va conduire un coup d’Etat pour liquider les courants nationaliste arabe et prosoviétique du parti Baas et porter aux commandes des dirigeants fidèles à son projet.
Hafez el-Assad va montrer à différentes occasions sa capacité à réprimer et à contrôler les forces politiques et militaires qui agitent la région. Lorsque le roi Hussein de Jordanie va réprimer la résistance palestinienne en septembre 1970, l’armée syrienne va rester totalement passive. Puis il interviendra au Liban, au moment où les forces palestino-progressistes sont en train de conquérir l’hégémonie, pour les neutraliser. Bien entendu, cette occupation va ouvrir une situation conflictuelle avec le gouvernent libanais. Mais le résultat sera probant, la résistance palestinienne affaiblie sera ensuite la cible de l’invasion israélienne et devra quitter le Liban en 1986.
Autre exemple, la participation de la Syrie dans la coalition contre Sadam Hussein durant la première guerre du Golfe en 1990. Cela permet à la Syrie de continuer à s’affirmer comme une puissance régionale, garante de la stabilité, pour le plus grand profit des compagnies pétrolières et des Etats-Unis. Les puissances de l’ONU ferment ainsi les yeux sur la répression intérieure en Syrie, qui n’a rien à envier à celle de Sadam Hussein.
L’avenir des révoltes n’est pas encore joué
Pour les révolutionnaires, les camps en présence sont celui des exploiteurs et celui des opprimés. Mettre sur le même plan la répression et la résistance en «condamnant la violence d’où qu’elle vienne» revient à enlever la responsabilité à la dictature. Le combat pour la libération du peuple syrien implique en premier lieu la destruction de l’appareil répressif, c’est la condition première pour toute lutte d’émancipation.
L’hégémonie islamiste sur les luttes d’émancipation dans les pays arabes est en premier lieu le résultat de la force économique dominante de l’Arabie saoudite. Tant que ce pilier du conservatisme social et de l’impérialisme américain ne sera pas lui aussi secoué par des forces sociales, il va tenter de réduire la portée des soulèvements initiés en Tunisie. L’actualité des problèmes économiques et le conservatisme des formations islamistes ouvrent de nouvelles contradictions et donnent aux forces contestataires issues de ces mouvements de nouveaux sujets politiques. Les lendemains peuvent encore réserver beaucoup de surprises.

* «La crise déchire les gauches arabes», Le Monde diplomatique, août 2012, repris par Le Courrier, 7 août 2012.
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