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Révision de la Loi sur l’asile : la honte !

Déposé par dans 19 juin 2012 – 21:47Pas de commentaire

Le Conseil national a encore serré la vis en matière d’asile. Les dernières nouvelles de Berne reflètent un débat dans lequel les notions de «solidarité» et d’«égalité» ont été supplantées par celles de «faux réfugiés», «profiteurs» et «délinquants».

Pour l’écrivain Lukas Bärfuss, les décisions adoptées par le Parlement dans le cadre de la révision de la Loi sur l’asile se résument par la simple formule: «une honte» (Tages-Anzeiger, 15 juin 2012). On ne peut que lui donner raison. La loi révisée prévoit notamment que:

- les requérants d’asile seront privés de l’aide sociale et mis au régime de l’aide d’urgence minimale;

- des centres spéciaux pour loger les requérants récalcitrants et délinquants seront créés;

- les requérants à expulser pourront être détenus avec des personnes en préventive ou purgeant leur peine

- les déserteurs n’obtiendront plus le statut de réfugié;

- les cas de rigueur permettant à des requérants et des déboutés de recevoir un permis B s’ils remplissent certaines conditions ne pourront être appliqués qu’après sept ans au lieu de cinq actuellement;

- le regroupement familial des personnes admises à titre provisoire se fera au plus tôt après cinq ans au lieu de trois ans.

Les différentes mesures ont été votées par la droite et «l’immense majorité de ce que d’aucuns osaient encore appeler le « centre »» (Le Courrier, 15 juin 2012). Comme le dénonce Susin Park de l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), elles font de la Suisse «un des pays les plus restrictifs de l’Europe» (Le Temps, 13 juin 2012) et vont à l’encontre d’une politique d’accueil digne de ce nom. Un exemple? L’aide d’urgence minimale, réglée par les cantons et donc variable, peut descendre à 8 francs par jour, parfois versés sous forme de bons ou de prestations en nature. Comment survivre si on a même pas un billet jaune dans sa poche et alors qu’on doit passer la journée dehors puisque le dortoir reste fermé la journée?

«Une loi toujours trop molle»

L’organisation Solidarité sans frontières résume la logique «simpliste et choquante» qui se cache derrière la politique d’asile appliquée par notre gouvernement, ses membres socialistes inclus, de la manière suivante (http://fr.asyl.ch/): «Chaque requérant d’asile débouté apporterait la preuve d’un abus du droit d’asile:
 il faut donc renforcer les lois. Chaque requérant d’asile reconnu apporterait la preuve d’une loi trop molle:
il faut donc renforcer les lois.»

Le débat sur le droit d’asile – le projet de révision démantelant encore plus ce droit est l’œuvre de Simonetta Sommaruga! – se dirige ainsi dans une seule direction. Les alternatives aux durcissements sans fin de la loi sont complètement escamotées et de fait rendues inexistantes dans le débat public. La droite, le «centre» et même la «gauche» se sont emparés du «problème» de la migration pour nourrir leur machine électorale, et surenchérissent dans les propositions qui visent à rendre notre pays encore «moins attractif» pour ceux qui tenteraient leur chance. Pour tous ceux qui tenteraient leur chance? Certainement pas!

Qui en profite?

Les multinationales et les superriches qui jouent le jeu de la maximisation des avantages fiscaux ont toujours trouvé une terre d’accueil fertile en Suisse. La classe dominante de ce pays, loin d’être isolationniste comme on peut parfois l’entendre, n’hésite pas non plus à aller chercher la force de travail à l’étranger si cela présente des avantages pour elle.

Instrumentalisés dans les discours sur l’insécurité et les inégalités, les requérants d’asile, les réfugiés, les Roms, les migrants irréguliers, etc. servent à nouveau de bouc émissaires: la rhétorique des requérants «arnaqueurs» et «dealers» déplace la responsabilité des problèmes de la société vers les plus faibles, les sans-droits et les sans-papiers. Et elle détourne l’attention de ces escrocs en cravate qui, protégés par des lois et des institutions bâties pour leurs propres intérêts, tirent les ficelles du système qui génère les flux migratoires.

C’est pourquoi toute réflexion sur les alternatives à la spirale infernale des durcissements de la loi sur l’asile ne peut être déconnectée d’une critique des injustices fondamentales créées par notre société capitaliste. Les discussions entamées dans les associations de la défense des migrants et les milieux de gauche concernant les futures actions de protestation contre les nouvelles mesures (référendum ou pas référendum ?) ne pourront faire l’impasse d’une telle analyse.