Libre circulation : Sombre anniversaire pour les salariés
Cela fait dix ans que l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) entre la Suisse et l’Union européenne (UE) est en vigueur. L’ALCP est considéré par Marie-Gabrielle Ineichen-Fleisch, directrice du Secrétariat à l’économie (SECO), comme «une des réformes économiques les plus importantes de ces vingt dernières années» (SECO, 25 mai 2012). Pour les patrons sans doute. En effet, l’ACLP a permis de «détendre» fortement le marché du travail helvétique dans une période – les années 2002-2011 – de croissance économique globale. Plus simplement, la possibilité de recourir sans obstacles à un réservoir presque illimité de force de travail – surtout qualifiée – a été un facteur déterminant dans le blocage des salaires en Suisse. L’étude Gerfin et Kaiser souligne que l’ALCP «a freiné l’évolution des salaires réels [entre 2002 et 2008] des Suisses de 0,5%, contre 2,6% pour les ressortissants étrangers » (Huitième rapport de l’Observatoire sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE, 25 mai 2012, p. 63). Du bout des lèvres, le SECO admet qu’on peut «imaginer que l’évolution des salaires nominaux a été légèrement freinée avec l’entrée en vigueur de l’ALCP, étant donné que la facilitation des procédures de recrutement des travailleurs de la zone UE a réduit la pénurie d’offre de main-d’oeuvre» (idem). Au niveau des salaires d’embauche, le SECO avoue «qu’une certaine pression s’est bien exercée sur les salaires d’embauche dans des branches en particulier, notamment dans l’industrie et les activités manufacturières, ainsi que dans la construction» (p. 71). Bref, c’est aussi par ce biais que les profits des patrons et des gros actionnaires ont pu s’envoler.
Droit dans le mur…
Ainsi, l’ALCP est en train de remplir parfaitement son mandat: renforcer la mise en concurrence des travailleurs sur le marché helvétique. Et il ne faut pas oublier un élément important. Ce processus de mise en concurrence est encore dans sa phase initiale. Ses effets néfastes seront encore plus profonds dans une dizaine d’années. Les mesures d’accompagnement ne bloqueront nullement ce processus. Elles ont été élaborées par le patronat comme moyen pour faire avaler la pilule à la social-démocratie et aux syndicats, qui continuent à soutenir les intérêts du Capital. Pire encore, ces forces sont favorables à l’introduction des contingentements, en alimentant ainsi les dérives xénophobes. Au lieu d’attaquer frontalement une libre circulation des personnes qui n’est rien d’autre qu’une libre exploitation des travailleurs…
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste