Patrons et actionnaires sabrent le champagne!
Les bonnes nouvelles n’ont jamais de fin en Suisse, pays du Capital par excellence, pour les patrons et actionnaires. Ils profitent vraiment à fond!
Mi-février, on découvrait l’ampleur, ahurissante, des cadeaux offerts aux patrons et actionnaires par le biais de l’arrêté Bonny. Rappelons qu’il permet de défiscaliser au plan fédéral (impôt fédéral direct, IFD) les bénéfices des entreprises des «régions en difficulté». En 2007, l’assiette des bénéfices exonérés était de 23 milliards de francs! La perte de rentrées fiscales ne concerne pas seulement la Confédération. Une partie de l’IFD (17%) est redistribuée aux cantons. De plus, ces derniers prévoient aussi des exonérations pour les impôts cantonaux et communaux. Monsanto, qui bénéfice d’un allégement de 50% pour l’IFD, ne paie ainsi pas un centime au canton de Vaud et à la commune de Morges! Tous les cantons pratiquent ces exonérations pour les impôts locaux, pas uniquement ceux où s’applique l’arrêté Bonny. A Genève, par exemple, «au 1er janvier 2011, 39 entreprises étaient concernées par des réductions chiffrées à 549 millions de francs. Autant de manque à gagner pour l’Etat.» (Le Courrier, 15 février 2012) Au total, «au 1er janvier 2011 ou au terme de la période fiscale 2010, environ 400 sociétés profitent d’exonérations fiscales temporaires en Suisse romande» (Bilan, 15 février 2012). Bref, les cadeaux aux patrons et actionnaires par ce biais se chiffrent en milliards de francs!
Arrosés de dividendes nets d’impôts!
Il y a quelques jours, on découvrait également les chiffres actualisés des effets de la deuxième réforme de l’imposition des entreprises, acceptée en 2008, à la suite d’une campagne mensongère du Conseil fédéral. Elle a introduit le principe, avec effet rétroactif, de «l’apport en capital». En clair, les entreprises peuvent désormais verser à leurs actionnaires des dividendes en franchise d’impôts en utilisant les réserves qu’elles ont constituées depuis 1997.
Les chiffres donnent le tournis. Jusqu’à fin 2011, ce sont 654 milliards de francs de ces réserves qui ont été annoncés à la Confédération (NZZ am Sonntag, 11 mars 2012)! Dans les mois et années à venir, les actionnaires seront donc arrosés de dividendes nets d’impôts. Ils en profitent déjà, à l’image d’Ivan Glasenberg, patron de Glencore, géant du négoce en matières premières: il vient de toucher un dividende, défiscalisé, de 109,3 millions de dollars (ibid.)!
D’après le Tages-Anzeiger, ces cadeaux se traduiront par des non-rentrées fiscales de l’ordre de 47 milliards de francs (15 mars 2012). L’économiste Werner Vontobel par le même de 80 milliards (work, 16 mars 2012)!
Roche: 544,7 millions pour les héritiers
Plus généralement, parler de crise, pour les patrons et actionnaires, serait totalement inapproprié. Pour les entreprises cotées au Swiss Market Index (SMI), l’indice des valeurs vedettes de la bourse, c’est une évidence. Cette année, leurs actionnaires touchent le jackpot. A l’image des neuf héritiers des familles Hoffmann et Oeri (Roche), qui empochent un dividende de 544,7 millions de francs (Sonntag, 25 mars 2012). Mais les autres sociétés aussi se portent bien. D’après Bilan, le groupe de construction Implenia, par exemple, «a réalisé en 2011 un bénéfice record, en progression de 20%. Le groupe a amélioré sa rentabilité pour la sixième année consécutive». Le magazine économique fait la liste d’autres entreprises, «une multitude», écrit-il, qui «se félicitent aussi de l’exercice écoulé». En janvier dernier, Ernst & Young a d’ailleurs effectué un sondage auprès de 700 patrons de sociétés non cotées: «92% des entreprises se disent satisfaites de leur situation commerciale actuelle» (Bilan, 14 mars 2012).
Les patrons et actionnaires peuvent dès lors sabrer le champagne. Le tableau est tout autre du côté des salariés. Ces derniers mois, des milliers d’entre eux ont carrément dû accepter une hausse (entièrement gratuite) de leur temps de travail. Les 710 employés en Suisse de l’entreprise Bucher, par exemple, ont bossé deux heures et demie de plus par semaine. Résultat des courses: le bénéfice de la boîte a augmenté de 30%. Les actionnaires en profitent: «ils touchent un dividende qui est de 33% plus élevé que celui de l’année précédente» (Blick, 16 mars 2012). Même tableau pour le groupe industriel Georg Fischer: les salariés de la filiale Agie Charmilles ont dû travailler 43 heures au lieu de 40. Le groupe a ainsi vu son bénéfice 2011 s’accroître de 31% (Bilan, 14 mars 2012).
Bref, le revers de la médaille du triomphe des uns – l’infime minorité de possédants – est l’aggravation des conditions de vie et de travail des autres, les 99%. Il est temps que ça change!
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste