Vaud / Des grèves et quelques leçons à en tirer
Après dix-huit mois de négociations et des mobilisations massives, le nouveau système salarial de la fonction publique vaudoise est entré en vigueur en fin d’année dernière. Ce qui n’a pas empêché 3000 salariés mécontents de faire appel aux tribunaux, durant les premiers mois de 2009, pour contester leur nouveau salaire. Retour sur une lutte exemplaire, à plusieurs titres.
Après trois journées de grève en 2008 et des manifestations souvent importantes, le nouveau système salarial de l’Etat de Vaud a été introduit par le gouvernement le 1erdécembre dernier. C’est sans doute, du point de vue des travailleurs, une défaite d’ensemble, même si les mobilisations ont permis d’arracher bon nombre de concessions à ce gouvernement uni et déterminé à imposer son système.
Le conflit social au sein de l’Etat de Vaud a entraîné des réactions médiatiques qui ont entretenu un mythe: celui de salariés de la fonction publique «bien traités», «privilégiés», et bénéficiant de salaires et de conditions de travail nettement meilleures que dans le secteur privé. Une telle vision, souvent partagée par une partie de la gauche institutionnelle, est fausse: des milliers de salariés du service public exercent des métiers souvent pénibles et les salaires sont nettement moins élevés que la droite ne le laisse entendre dans sa propagande contre le service public.
La grève comme moyen d’action
Il y a bien une particularité des employés du secteur public vaudois, mais elle est ailleurs: elle réside dans le fait que ces travailleurs partagent, pour une grande partie, l’idée que la grève est un moyen juste, nécessaire et légitime pour faire valoir ses droits. C’est même plus qu’une idée, c’est une pratique, relativement courante ces dernières années, au moins à l’échelle de la Suisse. Dans ce sens, les salariés de la fonction publique devraient plutôt faire l’objet d’une «identification» quant aux méthodes de luttes choisies. Car l’opposition entre salariés du public et ceux du privé est un poison pour tous les travailleurs. Qui a pour but de diviser les salariés dans leur ensemble et de montrer du doigt de pseudo-privilégiés qui n’ont rien à voir, en réalité, avec les véritables privilégiés du système dans lequel nous vivons…
Un moindre mal?
Un élément, lui aussi en forme de «leçon instructive» de cette affaire, doit être souligné. Un élément qui a été déterminant pour permettre au Conseil d’Etat d’imposer ce nouveau système: l’engagement des conseillers d’Etat dits de gauche en sa faveur. Car c’est bien dans cette voie que se sont fortement investis P.-Y. Maillard et A.-C. Lyon en soutenant, dès le début, l’introduction d’un système individualisant et visant, à terme, à baisser les salaires. Dans cette configuration, ils ont joué leur partition sans accroc, une partition intitulée «unité gouvernementale». Tous deux ont ainsi vendu le volet prétendument «social» du projet en feignant d’ignorer qu’un système véritablement juste n’aurait sans doute pas suscité de telles mobilisations de la part de celles et ceux qui devaient le subir au quotidien… Il y a là aussi une leçon qui dépasse le cadre vaudois et devrait interpeller celles et ceux qui prétendent que la présence d’élus «de gauche» dans les exécutifs sert à autre chose qu’à faire mieux passer, grâce à un vernis social, les projets de la droite et des patrons.
Jérôme Jardin
Photo: V. Verissimo

L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste