Pierre-Yves Maillard ou la « gauche » plus que mollachue…
Il est censé incarner «l’aile gauche» du PS. Pourtant, dit-il, il n’est «pas plus à gauche» qu’Alain Berset, son rival pour le Conseil fédéral. Il n’a pas tort.
Le groupe parlementaire du Parti socialiste (PS) a donc choisi: il présente à l’Assemblée fédérale le ticket Alain Berset et Pierre-Yves Maillard (PYM). Nul ne sert de s’étaler sur le premier: il est peut-être à gauche de Benoît XVI, mais c’est à peu près tout… Sur l’affaire Novartis, il s’est carrément profilé à droite du libéral vaudois Philippe Leuba: «Dans un tel cas, il faut d’abord chercher le dialogue – ce qu’ont fait les autorités cantonales et Johann Schneider-Ammann. Après, nous vivons dans un pays où les entreprises privées peuvent prendre de telles décisions» (La Liberté, 18 novembre 2011). Parler de «gauche molle» serait encore excessif!
Champion suisse… des forfaits fiscaux
Pierre-Yves Maillard, lui, siège au Conseil d’Etat de son canton depuis 2004. Il s’agit d’un gouvernement de coalition, réunissant des représentants de la droite (y compris l’UDC), qui est majoritaire, et de la «gauche». L’équipe est très soudée. La consanguinité entre ministres fait évidence. C’est ce «modèle» que Pierre-Yves Maillard aimerait exporter au plan fédéral. D’où l’intérêt d’analyser la politique concrète menée par ce gouvernement.
Vous ne trouverez pas un seul possédant, même en cherchant longuement, qui se plaindra de ses choix en matière fiscale. Et pour cause! Le canton de Vaud est le champion suisse des forfaits fiscaux. Rappelons que ce régime permet au patron d’Ikea, Ingvar Kamprad, de payer moins de 200 000 francs d’impôts alors que sa fortune est estimée à… 35 milliards. Il est aussi un endroit de rêve pour les multinationales et autres sociétés holdings, qui bénéficient de statuts fiscaux spéciaux. Le géant de la pétrochimie Ineos, pour ne prendre qu’un exemple, a ainsi déménagé son siège social à Rolle afin de réaliser «une économie d’impôt de 600 millions de francs sur quatre ans» (L’Hebdo, 2 décembre 2010). Enfin, le Conseil d’Etat a fait passer, en 2009, un «paquet fiscal» très alléchant pour les possédants. Au menu: l’introduction d’un énième «bouclier fiscal» pour les très grosses fortunes, la suppression de l’impôt sur le capital pour les entreprises rentables et l’exonération partielle des dividendes touchés par les grands actionnaires. Pierre-Yves Maillard, qui a mené la chasse aux «fraudeurs» de… l’aide sociale, n’a jamais levé le petit doigt pour combattre ces cadeaux fiscaux; il les a tous cautionnés.
Grand syndicaliste devant l’Eternel
La politique de défiscalisation au profit du Capital se traduit, il va sans dire, par le sous-développement des services publics, soumis à une cure d’austérité permanente. Le canton de Vaud pratique ainsi toujours une sélection scolaire et sociale dès le plus jeune âge (à 12 ans!), ce qui prive la grande majorité des enfants des milieux populaires de l’accès aux études supérieures. De même, la rentabilisation des hôpitaux publics, au détriment des malades et de la qualité des soins, s’accentue. Le personnel de la fonction publique paie aussi le prix de cette politique. Le Conseil d’Etat a introduit un nouveau système salarial. Résultat des courses: la baisse des normes salariales pour certaines fonctions. Pierre-Yves Maillard, grand syndicaliste devant l’Eternel, était à la tête de ce combat… du côté des employeurs.
En matière d’asile, ce n’est guère mieux. Philippe Leuba, le ministre vaudois en charge de ce dossier, se félicite d’appliquer une politique très dure en la matière. Les «vols spéciaux», dénoncés par le film de Fernand Melgar, en constituent l’un des piliers. Pierre-Yves Maillard, lui, brille par… son silence, lâche et infâme.
Assez loin de Jaurès…
L’éditorialiste du quotidien 24 heures a parfaitement raison: «Sa réputation de gauchiste est largement surfaite. (…) Le tribun a les qualités d’un homme d’Etat. Il sait être pragmatique. En sept ans de présence au gouvernement, il n’a jamais rompu la collégialité. (…) En présentant sa candidature, Pierre-Yves Maillard n’avait que deux noms de conseillers fédéraux aux lèvres: les radicaux Pascal Couchepin et Jean-Pascal Delamuraz» (27 octobre 2011). On est donc loin de Jean Jaurès – dont le candidat au Conseil fédéral se revendique pourtant –, qui définissait le Parti socialiste comme «un parti de classe qui a pour but de socialiser les moyens de production et d’échange»… Bref, Pierre-Yves Maillard a raison lorsqu’il affirme: «Je ne pense pas être plus à gauche que les trois autres candidats socialistes» (La Liberté, 11 novembre 2011).
Pour réaliser le rêve de sa vie – devenir conseiller fédéral –, il ne lui reste plus qu’à convaincre Blocher et le groupe parlementaire de l’UDC, dont les voix seront décisives…
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L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste