Femmes : 14 juin – «SE MOBILISER POUR ALLER AU-DELÀ DE LA SIMPLE COMMÉMORATION!»
Le 14 juin 2011 marque les 20 ans de la grève des femmes en Suisse. Etat de la situation et perspectives avec Wyna Giller, syndicaliste du Syndicat des services publics (SSP) à Fribourg.
Des pas en avant ont été faits en matière d’égalité homme-femme, pourquoi les femmes se mobilisent-elles à nouveau le 14 juin prochain?
Wyna Giller: La grève de 1991 avait mobilisé un demi-million de femmes et d’hommes solidaires, et avait permis l’instauration de la Loi sur l’égalité (Leg) en 1996. Mais la Leg n’est pas un outil adéquat pour dénoncer les discriminations au travail qui pénalisent les femmes. Les cas sont souvent difficiles à prouver, les procédures longues et compliquées. Cela a tendance à décourager les personnes. Il y a la peur de perdre son emploi en raison d’une trop faible protection contre les licenciements.
Si des pas en avant ont été faits à différents niveaux (dépénalisation de l’avortement, congé maternité de 14 semaines), il y a aussi eu des reculs comme l’élévation de l’âge de la retraite des femmes. Des courants réactionnaires tentent de remettre en cause certains droits acquis, comme le droit à l’avortement. Depuis 2007, on constate un creusement des inégalités salariales surtout dans les métiers de la santé et du social, métiers où les femmes sont surreprésentées et souvent mal payées. Il y a aussi des aspects qui connaissent une certaine inertie: le partage des tâches au sein de la famille par exemple. Tâches domestiques, éducations des enfants, soins aux proches… c’est toujours une affaire de femmes! Globalement tous les salariés et toutes les salariées ont été et continuent à être fragilisés par les politiques néolibérales qui détruisent les «acquis» sociaux. Je pense notamment aux attaques contre toutes les assurances sociales.
Il est donc absolument nécessaire, 20 ans après, d’aller au-delà de la simple commémoration et de se mobiliser!
Quelles sont les revendications et quelles seront les actions?
WG: Nous voulons une réduction importante du temps de travail, sans baisse de salaire, pour permettre un meilleur partage des tâches nonrémunérées. Mais en attendant – car il va falloir se battre sur le long terme pour obtenir une telle amélioration – il y a des mesures simples qui pourraient êtres introduites, comme les congés parentaux payés. Nous voulons davantage de places en crèches à des prix abordables, pour que le temps partiel devienne un choix. Il faut aussi augmenter les bas salaires et renforcer les protections contre les licenciements.
Les syndicats appellent à des grèves et actions sur les lieux de travail. Ce que je remarque pourtant, c’est que cet appel est insuffisamment mis en oeuvre. J’ai même entendu des secrétaires syndicaux dire que c’est une mauvaise idée d’organiser des arrêts de travail. Je ne partage pas ce point de vue. Il faut être clair: il est nécessaire de construire un rapport de force pour obtenir la satisfaction de nos revendications. Pour ça, il faut que les femmes et les hommes qui les soutiennent s’arrêtent de travailler… du moins un moment, et fassent l’expérience de l’action collective. Dans toute la Suisse, sur certains lieux de travail, des débrayages seront organisés mais aussi des pique-niques de protestation, des projections de films suivies de débats et des manifestations en fin de journée.
Quelle est la dynamique actuelle? Comment juges-tu l’état de la mobilisation?
WG: C’est sûr que la faiblesse des mouvements sociaux n’aide pas. Les femmes sont plus fragilisées globalement et peu syndiquées. C’est peutêtre pas facile de mobiliser, par contre c’est possible: il y a un réel ras-le-bol chez les femmes! Dans ce but, des collectifs larges ont vu le jour dans différentes villes. Une journée comme le 14 juin permet de construire et de sortir d’une logique individualiste dans laquelle l’organisation du travail nous enferme. Ça prend gentiment… on risque d’être surpris en bien!
Tu parles d’un engagement permanent. Comment penses-tu qu’il faille continuer?
WG: Cette mobilisation permet de mettre ensemble des femmes sur des revendications et actions communes. Ces réseaux doivent continuer, au-delà du 14 juin, à fonctionner et intervenir à différents niveaux de la société. Réaliser l’égalité implique une bataille permanente des organisations syndicales, associatives et politiques… des lieux où le modèle du mâle dominant est encore très présent. Je pense qu’une autocritique est nécessaire. Elle pourra seulement se faire, tout comme l’acquisition de nouveaux droits, par la mobilisation des femmes, le 14 juin et au-delà!
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste