Une place Tahrir à la Puerta del Sol – Assemblée de discussion ce mardi 31 mai 2011 à 20h, Hall central d’Uni Mail – Genève
Alors que l’indignation partie de la Puerta del Sol à Madrid gagne,après les villes de l’Etat espagnol, la Praça do Rossio à Lisbonne et les pieds de la Tour Eiffel, à Genève aussi des assemblées commencent à se tenir. Après celle de samedi après-midi sur les quais, une nouvelle assemblée de discussion et d’action est convoquée pour ce
mardi 31 mai à 20 heures
dans le Hall central de Uni Mail
A l’instar de celles qui se tiennent sur les places espagnoles, elle est ouverte à toutes et tous,
« sauf à la politique traditionnelle et aux banques « .
Une place Tahrir à la Puerta del Sol
A l’heure où nous écrivons, les assemblées des mouvements qui occupent les places d’une soixantaine de villes de l’Etat espagnol appellent à poursuivre l’occupation pendant en tout cas encore une semaine.
Inspirées dans leurs formes par celle de la place Tahrir au Caire, les occupations menées par une jeunesse «sans futur, sans maison, sans retraites, sans boulot mais sans peur» montrent que le vent des révoltes d’Afrique du Nord a franchi le Détroit de Gibraltar.
Et qu’il pourrait changer le climat social en Europe, ce vent d’espoir venu du Sud!
«Ils parlent de droits, de la violence du capitalisme, de la précarité, de la réforme de la démocratie et surtout de l’avenir». C’est ainsi que la journaliste du quotidien italien «il manifesto» relatait samedi passé l’ambiance sur le campement de la place de Catalunya, à Barcelone.
Réunis sous le slogan «Démocratie réelle, maintenant!», c’est par dizaines de milliers, que les jeunes se sont installés sur les grandes places. Dans les grandes villes comme dans les petites, de la Puerta del Sol à Madrid à la bien moins célèbre Plaça Santa Ana de Matarò.
Ouvertes à tous, sauf…
Partout, les assemblées d’occupation ont constitué des commissions. Vieux désormais de plus d’une semaine, le campement de la Puerta del Sol s’est doté de plus de dix commissions, ouvertes à tous, «sauf à la politique traditionnelle et aux banques».
On y discute des actions à mener, de la popularisation du mouvement, de sa coordination. Mais on organise aussi les infrastructures du campement, sa propreté, la distribution d’eau et de la nourriture qui leur parvient sous forme de dons de la part d’une population qui sympathise ouvertement avec cette jeunesse à laquelle viennent s’jouter des personnes de tout âge.
Comme le dit El País, «c’est toute une petite société, sans hiérarchie». A Madrid, afin de combattre toute tentation de protagonisme personnel, l’assemblée s’est dotée de 36 porte-parole qui officient chacun à tour de rôle. Et cette petite société ébauche aussi, d’en bas, un programme politique, un projet, qui prend la forme d’un manifeste.
«Ambitieux et hétérogène», comme le dit encore la presse, celui-ci exige entre autres une réforme de la loi électorale, le retrait de la loi sur les pensions et de la réforme de Bologne mais aussi la fermeture des centrales nucléaires et la dissolution du Fonds monétaire international.
Des assemblées régulières - deux le matin, deux en fin d’après-midi et une à minuit - sont le lieu de discussion de ce programme, mais aussi de décision des actions à mener et de la gestion du campement.
«Nous sommes face, explique Jaime Pastor, sociologue spécialiste des mouvements sociaux, à la naissance d’un mouvement nouveau, autonome des partis et des syndicats», d’un mouvement qui, à travers la réappropriation de l’espace public -la place- postule par en bas la réappropriation de la société.
«No somos antisistema…»
D’après un sondage réalisé le 19 mai à la Puerta del Sol par El País, un tiers des participants au campement sont des travailleurs, un quart sont des étudiants (qui ne travaillent pas en plus de leurs études), un autre quart sont sans travail et un peu plus de 10% étudient et travaillent. Toujours selon ce sondage, plus de la moitié auraient entre 20 et 35 ans et 40% seraient des femmes.
Cette jeunesse, que le chômage frappe dans des proportions énormes -plus de 40% parmi les moins de 25 ans- subit de front non seulement la crise, mais aussi la cure d’austérité imposée depuis une année et demie par le gouvernement «socialiste» de José Luis Zapatero. Mais, contrairement aux syndicats qui, après le succès de la grève générale du 29 septembre dernier, elle a décidé de ne pas baisser les bras.
Convaincus que «ce n’est pas nous qui sommes contre le système mais que c’est le système qui est contre nous», ils emboîtent le pas au mouvement de protestation de la jeunesse portugaise qui avait mis 250’000 personnes dans les rues de Lisbonne en février.
L’occupation des places, dans la durée, est le moyen que ce mouvement trouve, selon Miguel Romero de la revue Viento Sud, de ne pas laisser la mobilisation sans lendemain comme l’était restée celle de Lisbonne.
Par delà les Pyrénées et les Océans
C’est aussi pour s’inscrire dans la durée que le mouvement cherche à fixer des échéances de mobilisation au-delà de cette semaine d’occupation, pour autant que la victoire électorale de la droite n’encourage pas le ministre de l’Intérieur à dégager les places avent.
Ainsi un appel à une journée internationale de mobilisation contre la crise est discuté dans les assemblées des campements de Madrid et Barcelone. Cette journée globale contre la crise devrait avoir lieu dimanche 19 juin, donnant ainsi une suite aux manifestations spontanées qui, par delà les Pyrénées et les Océans, ont déjà eu lieu non seulement en soutien, mais aussi en identification aux mouvements en cours dans l’Etat espagnol.
Avec celles et ceux qui spontanément se sont déjà mobilisés ici, nous y serons.
Article paru dans L’Anticapitaliste n°48
D’autres nouvelles plus récentes du mouvement espagnol ici (en espagnol) :
- http://esthervivas.wordpress.com/2011/05/28/acampadabarcelona-v-de-victoria/
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste