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Lutte à la Maison de Vessy (GE): « Seule la grève est vraie! »

Déposé par admin dans 30 avril 2011 – 23:44Pas de commentaire

Après une suspension de 15 jours pour négocier, la grève a repris à la Maison de Vessy, EMS de la campagne genevoise. A plusieurs titres, c’est une grève emblématique. Et exemplaire! Entretien avec Thierry Daviaud*, l’un de ses principaux animateurs, délégué du SSP-VPOD.

Pourquoi cette grève?

Thierry Daviaud: La décision de la direction de Vessy de nous faire payer les places de parking a mis le feu aux poudres. Mais au-delà du refus de cette avanie – une ponction sur les salaires camouflée en souci environnemental – c’est la place des salariés dans l’entreprise qui est posée par la grève. C’est un personnel humilié, nié dans son existence, qui devient protagoniste sur le lieu de travail. Contre la sauvagerie managériale, c’est par la grève qu’on existe.

En clair, cela signifie?

Tu sais, faire grève n’est pas si simple. C’est chargé d’angoisse. Mais à un moment, on n’en peut plus. En tant que salarié t’as plus le droit d’avoir un corps qui souffre, d’être malade: immédiatement t’es soupçonné de tricher. Récemment, une collègue s’est évanouie au boulot. On a dû la transférer en ambulance à l’hôpital. Pendant son arrêt de travail, le chef l’a soupçonnée d’avoir simulé et l’a envoyée devant le médecin conseil! Ta vie privée, ta santé ne comptent pas. Seule compte ta disponibilité pour la boîte. Et puis, il y a la schizophrénie que nous impose notre employeur: on veut offrir un service public de qualité mais les moyens manquent. Nous, on trime pendant que nos cadres sup réfléchissent en séminaire dans les bulles d’Ovronnaz…

Mais pourquoi maintenant?

Il y a la combinaison entre la question des parkings – on vient tous de loin, à 20, 30 ou 40 kilomètres d’ici – et le travail de présence syndicale durant des années. Ici, les salariées – il s’agit d’une majorité de femmes, d’où le féminin – ont compris que le respect est un droit et qu’on peut se révolter si on ne se sent pas respecté. Mais la grève n’aurait pas été possible sans le travail des délégués syndicaux. AG après AG, on a donné au personnel les outils pour comprendre sa situation, pour capter qu’on peut s’opposer à l’autorité, au patron. Ça a ouvert le champ du possible. Et là, avec la grève, il y a aussi un aspect de revanche sociale très fort: pour nous, grévistes, c’est l’occasion, une fois dans la vie, de se payer un patron!

Cela dit, la grève reste minoritaire…

Oui, mais tient compte du contexte de terreur imposé par la direction. Elle a appelé les gens chez eux, les menaçant de licenciement. Des plaintes pénales ont été déposées. Le climat est tel que les non-grévistes n’osent pas nous adresser la parole. Et quand on sait que la plupart des gens bénéficient de contrats à durée déterminée (CDD), on peut comprendre qu’ils aient le trouillomètre à zéro. Le non-respect par l’Etat de ses propres règlements – la transformation des CDD en CDI – nous précarise salement: c’est un moyen pour nous soumettre. Or, par la grève, même minoritaire, nous prenons la mesure de notre force au-delà des divisions.

Tu veux parler des frontaliers?

Tu vois, la grève permet de cerner les enjeux, de ne pas se tromper d’ennemi. Ici, la majorité habite le Canton, mais c’est la volonté commune de déboulonner le patron qui nous unit, quels que soient nos statuts, nationalités ou le côté de la frontière où l’on habite. C’est à travers la grève que nous nous constituons en classe.

D’un coup tout va très vite?

Toutes ces heures à discuter avec l’un ou l’autre: c’était souvent désespérant. Et puis, soudain, voilà la grève, un révélateur absolu. Elle fait tomber les masques. Des aides soignantes font grève pour se faire respecter. Le patron, lui, il envoie les flics! Tout devient clair. Désormais, il y aura un avant et un après la grève. Avant, le patron pouvait se la jouer paternaliste, humain. La grève l’a révélé pour ce qu’il est. Et il ne pourra désormais plus faire la pluie et le beau temps, parce que la grève ça aura été aussi l’irruption du personnel dans les affaires de l’entreprise.

Et la gauche? Elle est au conseil d’administration. Minorisée?

Tu parles! Par moments, ses représentants ont été les plus réacs. N’est-ce pas la nana du Parti socialiste qui a déclaré que «la grève est un scandale»?

Interview: Paolo Gilardi

Photo: Eric Roset

* Travailleur frontalier, Thierry Daviaud est aussi membre actif du Nouveau parti anticapitaliste, le NPA.

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