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Regard cru sur l’actu #3 – 18 au 27 janvier 2016

30 janvier 2016 • Home, Suisse

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Au menu:
- Les 38 000 comptes français non déclarés d’UBS
- Doublement des taxes aux EPF, l’effet de la RIE3
- Inégalités en forte hausse en Suisse depuis 2009

UBS - Unité de Brigandage Sempiternel - et les 38 000 comptes français…

Il fallait s’en remettre aux journaux français pour avoir plus d’infos, la presse suisse étant plus «discrète» (question de «culture» locale): le fisc français a découvert 38 000 comptes français non déclarés, «réfugiés» chez UBS (Le Parisien, 20 janvier et Le Monde, 21 janvier). Pour plus de 12 milliards d’euros. Le compte qui ventripotait le plus affichait un petit 60 millions…

Cette pot aux roses est issu d’un listing récupéré par des services allemands lors d’une perquisition de la banque, transmis à la France l’été dernier. Ces données ont été transmises au ministère français de la justice qui enquête depuis 2012 sur un «vaste système de blanchiment de fraude fiscale» permettant à des Français·e·s bien aisé·e·s de planquer leur magot comme des rapiat·e·s. En juin 2013, UBS avait déjà été condamnée à verser une caution de 1,1 milliard d’euros dans l’affaire des «carnets du lait»: un système organisé de démarchage (illégal, besoin de le rappeler?) par une équipe suisse de riches personnalités françaises… cette affaire sera traitée par le tribunal correctionnel pour «blanchiment aggravé de fraude fiscale», et pourrait valoir à UBS 5 milliards d’euros d’amende. Qu’elle pourra déduire de ses impôts, comme d’hab?
Rappelons que la banque avait bénéficié en octobre 2008 d’un fameux «plan de sauvetage» à 68 milliards de francs - la plus grosse opération financière jamais réalisée par la Confédération, plus que le budget de la Conf! Après ça, UBS a tout recommencé comme avant, tentant partout de siphonner le fisc des pays voisins… se sachant protégée par la bienveillance des représentant·e·s politiques que nous avons élu·e·s, qui ont voté ce plan de 68 milliards sans contrepartie en 2008, qui ont accepté qu’UBS verse 2 milliards de bonus en 2009 (Swissinfo, 25 janvier 2009), qui assistent aux magouilles sans rien faire, et qui tolèrent par dessus le marché qu’UBS déduise de ses impôts les amendes qu’elle paye parfois quand elle est prise la main dans le sac. Ah oui, UBS finance depuis avril 2012 les partis «qui s’engagent clairement pour la concurrence et l’économie de marché»… (les Verts - parti même tenu par UBS pour libéral donc - avaient d’ailleurs fini par refuser cet argent aussi sec… en novembre suivant, Tribune de Genève, 18 novembre 2012).

 

Exemple d’un effet de la RIE3? Le doublement des taxes d’études dans les EPF

Le Conseil fédéral est en ce moment tout à son programme d’économies, car la 3ème Réforme de l’imposition des entreprises (RIE3) est sur la planche. Cette réforme, sous prétexte d’harmoniser les taux d’imposition des entreprises (des sociétés à statuts spéciaux étaient favorisées) pour se conformer à la législation internationale, prévoit - chantage on ne peut plus malhonnête - d’offrir dans le même temps un MAOUSSE cadeau aux grandes entreprises suisses et à leurs actionnaires. On aurait pu proposer une réforme neutre qui équilibre les comptes, non: pour harmoniser on préfère couper quelques milliards dans les caisses de la Suisse et des cantons… Le Conseil fédéral prévoit ainsi, ce coup de couteau-ci, des coupes dans la formation et la recherche: 500 millions pour la période 2017-2020! Les chefs des EPF (Ecoles polytechniques) ont aussitôt dégainé leur projet de doublement de taxe d’études dès 2017. A Lausanne ça ramènerait moins de 10 millions sur les 50 millions de coupes prévues. Pour le reste ce serait: gel des salaires ou ralentissement des constructions… on se doute qu’il y a un potentiel dans cette dernière catégorie tant les dépenses somptuaires en la matière pullulent!

Rappelons que trois quarts des étudiant·e·s bossent à côté des cours pour payer leurs études, et ne peuvent augmenter leurs revenus comme elles et ils veulent… Une étude en 2012 montrait que plus du tiers des étudiant·e·s ne pourraient faire face à un doublement des taxes et devraient cesser leurs études!

Si la RIE3 s’apparente à un racket qui vise à faire les poches de la population au son des bobards de Maillard et consorts, les EPF font de même, reproduisant le chantage de la voix de leur maître fédéral! Car des coupes de 50 millions peuvent se faire autrement que sur le dos d’une population étudiante, surtout dans un pays au si bas taux (sur l’eau) d’étudiant·e·s. Mais avec la RIE3, avec les chantages divers qu’on nous impose, la logique est celle d’une libéralisation toujours plus poussée: couper dans les services publics pour privilégier les entreprises, mettre en marche la marchandisation des études, faire des universités un sanctuaire réservé aux élites et à la reproduction des classes sociales favorisées… Les loups sortent du bois : «Le coût des études […] n’est pas suffisamment élevé pour que les étudiants se rendent compte à quel point l’acquisition de connaissances est importante», lance Denis Duboule, prof à l’EPFL (RTS, 20 janvier). La honte! Apprendre à lire aussi est important… faire les poches des bambins se rendant à l’école, quel doux rêve! Un rêve que la RIE3 rend plus réalisable… Votez non le 20 mars au référendum RIE3 dans le canton de Vaud (pour les personnes concernées)!

 

Inégalités en hausse nette depuis 2009 en Suisse

L’Office fédéral de la statistique (OFS) a sorti ce 21 janvier une actualisation d’indicateurs sur les inégalités en Suisse. Sous le titre «Inégalités de revenu et redistribution par l’Etat 2013», on trouve une page internet avec quelques tableaux et graphiques d’apparence très «on comprend rien»…

Il faut, pour commencer à y voir plus clair, tomber - au hasard d’une recherche google - sur une publication sortie en février 2015 pour trouver les définitions des indicateurs utilisés. Le revenu primaire corres­pond ainsi au «revenu avant transferts de l’Etat» et le revenu dis­ponible au «revenu après transferts». Le revenu brut permet de «représenter un niveau intermédiaire du processus de redistribution, puisqu’il comprend les prestations de trans­fert, lesquelles constituent une partie des transferts de l’Etat»… Miam! On en reprendrait bien une louche!

On finit donc par comprendre que depuis 2009 et la crise financière, les inégalités de revenus ont commencé à prendre l’ascenseur joliment. Ainsi, le revenu primaire des 20% les plus riches de la population est passé de 25 à 44 fois celui des 20% les plus pauvres entre 2009 et 2013! Certes avec des intervalles de confiance élevés, mais une hausse statistiquement significative…

C’est pas pour faire le rabat-joie, mais tout de même, si on voulait sortir des données sans vraiment vouloir les sortir ou les assumer (pressions politiques?), en faisant en sorte qu’elles soient incompréhensibles et rebutantes au possible, on ne s’y prendrait pas autrement!

Giorgio

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