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Votations fédérales : chronique d’une défaite annoncée…

Déposé par Aurélien dans 6 décembre 2010 – 11:15Pas de commentaire

L’Union démocratique du centre (UDC) a donc triomphé. Son initiative «Pour le renvoi des étrangers criminels» a été acceptée. C’est une nouvelle défaite pour la gauche.


L’initiative de l’UDC a été approuvée par 52,9% des votants. Les cantons de Suisse romande, à l’exception du Valais, ainsi que Bâle-Ville l’ont refusée. Quant au contre-projet des Chambres fédérales, il «a fait un bide: il est rejeté à 54,2% des votants. Pire, il ne passe la rampe dans aucun canton! Le peuple a donc préféré l’original à la copie.» (La Liberté, 29 novembre 2010).
C’est un succès de l’UDC. Et une défaite, majeure, pour celles et ceux qui sont attachés aux droits fondamentaux. Le principe de la double peine (prison + expulsion) pour les «criminels étrangers» est certes déjà en vigueur. Mais l’initiative de l’UDC va plus loin: elle inscrit dans la Constitution fédérale le principe de l’automaticité du renvoi. Comme le dit Karin Keller-Sutter, présidente de la Conférence des directeurs cantonaux de la police, «il est probable que des étrangers ayant commis des petits délits pourront être désormais expulsés. La marge d’appréciation des autorités cantonales va se rétrécir. Et avec l’automatisme des expulsions, cela va devenir presque impossible de faire recours, comme cela se fait maintenant assez systématiquement.» (Le Temps, 29 novembre 2010)

Les raisons d’un vote

L’issue du vote est le résultat d’une campagne menée sur la durée, à coups de millions, par l’UDC. C’est l’expression de sa force de frappe. Peut-on pour autant prétendre, à l’image de la nouvelle conseillère fédérale du Parti socialiste (PS)
Simonetta Sommaruga, que «la majorité des votants ont clairement exprimé que la criminalité des étrangers est pour eux un problème sérieux» (Tribune de Genève, 29 novembre 2010)? Loin s’en faut. Comme le souligne Le Temps, «la
Suisse qui se dresse pour dire oui au renvoi des étrangers criminels est la moins métissée et la plus préservée de la délinquance étrangère» (Le Temps, 29 novembre 2010). De plus, pour le dire avec le Blick, on parle de 500 à 1500 criminels étrangers qui devraient être expulsés, par année, sur bientôt 2 millions d’étrangers vivant «de manière paisible» en Suisse!
Pour comprendre ce vote, on ne peut pas faire abstraction, par contre, du désarroi et de l’insécurité sociale d’une partie significative de la population. Cela ne résulte pas des agissements de «criminels étrangers». C’est le produit de la politique mise en oeuvre par les capitalistes et le gouvernement à leur service. Elle se traduit par un chômage important et durable, la baisse du pouvoir d’achat, l’augmentation de l’âge de la retraite, la
démolition de l’AI, etc.
Dans ce contexte, l’orientation de l’UDC, répondant aux intérêts des capitalistes, est claire: désigner des boucs émissaires vers lesquels canaliser le mécontentement diffus face à la politique patronale. Elle peut ainsi détourner l’attention des vrais problèmes, ceux où l’unité de classe des exploités pourrait se forger. De même, cela alimente le processus de division et de fragmentation politique et sociale des salariés.

Quelle approche de gauche?

Face à cela, la stratégie mise en oeuvre par la direction du PS a montré, une fois de plus, son inanité. C’est en effet elle, faut-il le rappeler, «qui a forgé», pour reprendre les termes de l’ancien président du PS, Hans-Jürg Fehr, le contre-projet qui a été soumis au vote le week-end dernier (socialistes.ch, octobre 2010). Or, il n’était qu’une version compatible avec le droit international de l’initiative de l’UDC, dont il cautionnait les objectifs. De même, c’est grâce aux voix des parlementaires du PS que ce contre-projet a passé la rampe au Conseil national. Enfin, la nouvelle
égérie du parti, Simonetta Sommaruga, s’est démenée pour qu’il soit accepté. Il en va de même de plusieurs autres dirigeants du PS et de quelques sections cantonales, celles de Berne et de Bâle en particulier. Tout cela n’a fait qu’apporter de l’eau au moulin de l’initiative de l’UDC et a donc contribué à son succès.
Une gauche qui emboîte le pas de l’UDC et qui mène une politique de collaboration de classe avec la droite, multipliant compromissions et capitulations, ne sera évidemment jamais en mesure de contrer Blocher, Freysinger et consorts!

Une tout autre approche est nécessaire:

1. Nos adversaires ne sont pas les migrants, mais les capitalistes et leurs serviteurs au plan politique, les Leuthard, Leuba, Longchamp et compagnie.

2. Une gauche digne de ce nom doit refuser de participer ou de soutenir des gouvernements qui appliquent une politique bafouant les droits fondamentaux des êtres humains.

3. C’est par la stimulation de dynamiques d’organisation collective, sur les lieux de travail et dans la société, et par la lutte, dans l’unité d’action, quelles que soient nos origines, que nous combattrons le racisme et la xénophobie!

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