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PARTI SOCIALISTE : COUP DE BARRE À GAUCHE ?

Déposé par Aurélien dans 9 novembre 2010 – 20:39Pas de commentaire

Le Parti socialiste suisse (PSS) a tenu son congrès les 30 et 31 octobre derniers. Les commentaires de la presse sont unanimes: « le parti de la rose donne un net coup de barre à gauche. » (Tribune de Genève, 1er novembre 2010) Qu’en penser?

Le Congrès du PSS a notamment décidé de réintroduire dans le programme du parti la notion de « dépassement du capitalisme » ainsi que l’objectif de l’abolition de l’armée. De même, il s’est prononcé pour le rejet du contre-projet à l’initiative de l’UDC « pour l’expulsion des criminels étrangers », soumis au vote le 28 novembre. D’où les commentaires, convergents, de la presse sur le « net coup de barre à gauche ». Le facho de Savièse, Oskar Freysinger, a même parlé du « retour de l’idéologie marxiste et révolutionnaire » (Le Nouvelliste, 2 novembre 2010). Bon, c’est vrai qu’il n’en est pas à un délire près…

Les décisions du Congrès du PSS étaient loin de faire l’unanimité. Deux options « s’affrontent » en effet dans ce parti. Il y a, premièrement, les tenants d’une logique modérée, « réaliste ». Leur principale représentante est la nouvelle conseillère fédérale Simonetta Sommaruga. Une autre composante, prépondérante en Suisse romande, considère, par contre, que le PSS doit se démarquer des partis bourgeois et apparaître comme le parti qui « défend les acquis sociaux ».

Cette deuxième composante a donc triomphé lors du congrès. Les Jeunes socialistes ont joué un rôle important en la matière.

Il ne s’agit pourtant pas d’orientations antinomiques: les deux options relèvent de logiques de positionnement au niveau public, de marketing différentes; sur le fond, les tenants de l’une et de l’autre partagent la même approche. Ce n’est pas pour rien qu’il ne s’est trouvé personne, lors du congrès, pour remettre en cause ce qui est au cœur de la politique du parti: la collaboration de classe avec les partis bourgeois, qui est le pendant de la paix du travail au plan syndical.

Ça pue le sarkozysme…

La pratique concrète des partisans de la ligne prétendument « combative » confirme notre jugement. En Suisse alémanique, celui qui l’incarne publiquement est André Daguet. Faut-il rappeler que c’est le bonze syndical qui a coulé la grève de la Boillat et qui a fait campagne pour l’élection au Conseil fédéral de Johann Schneider-Ammann? Et en Suisse romande? Est-ce une politique de gauche que d’introduire un « bouclier fiscal » pour les grands patrons et actionnaires et d’augmenter l’âge de la retraite des salariés de la fonction publique, comme l’a fait la coalition radicalo-socialiste qui gouverne dans le canton de Vaud? Ça pue plutôt à plein nez le sarkozysme… Est-ce préparer le « dépassement du capitalisme » que de s’attaquer, à l’image du Conseil d’Etat à Genève lorsqu’il était à majorité de « gauche », aux emplois temporaires pour les chômeurs en fin de droit, au forfait de base de l’aide sociale et au principe du recouvrement par l’Etat des pensions alimentaires non versées? Et avaliser la hausse du temps de travail des enseignants de lycée ainsi que la division par deux de l’impôt sur le bénéfice des entreprises comme l’ont fait les députés « socialistes » dans le canton de Neuchâtel?

En réalité, quelles que soient ses résolutions de congrès, le PSS n’a plus de gauche que le nom: la mutation en social-libéralisme est consommée. Ses dirigeants ont définitivement renoncé à tout « dépassement du capitalisme ». Loin d’envisager quelques réformes sociales que ce soit, ils jouent un rôle de premier plan dans la mise en œuvre de la contre-réforme néoconservatrice à l’œuvre depuis le début des années 90. Moritz Leuenberger restera ainsi dans l’histoire comme le ministre des privatisations, Ruth Dreifuss de l’élévation à 64 ans de l’âge de la retraite des femmes et Micheline Calmy-Rey en tant que « meilleure partisane des banques et de la place financière » (Private banking, décembre 2008).

Double jeu

Les prises de position « combatives » ne visent qu’à camoufler le double jeu, historique, de la direction du PSS: essayer de se faire passer auprès des salariés pour une force d’opposition à la politique des partis bourgeois tout en partageant, sur l’essentiel, les orientations de ces derniers.

Cela peut se traduire par des configurations assez particulières, pour ne pas dire franchement délirantes, à l’image de la position du PSS concernant le contre-projet à l’initiative de l’UDC « pour l’expulsion des étranges criminels ». Le Congrès du PSS a donc décidé de s’opposer à ce texte. Or, c’est le PSS lui-même « qui l’a forgé », comme l’a rappelé son ancien président, Hans-Jürg Fehr (socialistes.ch, octobre 2010), et c’est grâce aux voix de ses parlementaires qu’il a été accepté par le Conseil national. Le PSS appelle ainsi à rejeter un projet qui n’aurait jamais été soumis au vote sans son appui! Et qui sera soutenu publiquement par sa conseillère fédérale en charge du département concerné, qui le « défend avec conviction » (24 heures, 1er novembre 2010)…

Bref, le Congrès du PSS est loin d’être l’expression d’un tournant à gauche de ce parti. L’avenir est ailleurs.

Agostino Soldini, Gauche Anticapitaliste

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