Genève : Un besoin de complémentaires…
Un à trois ans de plus pour avoir droit à une rente pleine, les années de cotisation nécessaires augmentées d’un à deux ans, des cotisations plus élevées et des rentes diminuées de plusieurs centaines de francs par mois: c’est la potion du gouvernement genevois pour «assainir» les caisses de retraite du personnel du Canton.
Une augmentation supplémentaire des cotisations pour le personnel administratif et pour les enseignants et le blocage de l’indexation des rentes, décidés en catimini en plein mois d’août, accompagnent ces mesures. En gros et en résumé, à l’Etat de Genève, il faudra cotiser plus et plus longtemps pour toucher moins.
Une triple logique
Présentées par le ministre des finances Hiler – pour lequel a voté (presque) toute la gauche genevoise – dans le cadre des mesures d’économie de l’Etat de Genève, ces décisions s’inscrivent dans une triple logique.
C’est d’abord la poursuite de la politique de transfert des mesures d’assainissement des finances publiques sur le dos des salariés de l’Etat. Initiée au début des années 1990, elle s’est traduite depuis lors par la perte de l’équivalent d’une année et demie de salaire et par l’augmentation massive de la charge de travail suite au blocage du personnel. A l’heure où s’ouvre – peut-être – le procès des responsables de la faillite de la banque cantonale, faillite qui a coûté quelque 11 000 francs par contribuable, ce ne sont pas les Staübli et Gaon – ils ont fait perdre des milliards à la banque – qui doivent passer à la caisse: c’est le personnel.
Ensuite, au moment où le ministre Hiler veut attirer à Genève les fortunes de la planète et les fonds spéculatifs, les hedge funds, toute la politique du Conseil d’Etat consiste à créer les meilleures conditions-cadres pour l’arrivée des riches. Ainsi, en plus de la baisse des salaires des personnels de l’aéroport, en plus de la baisse d’impôts pour les hauts revenus et de la limitation des libertés syndicales et démocratiques – les amendes et procès contre les organisateurs de manifestations, dont l’auteur de ces lignes – c’est le désengagement de l’Etat dans le versement des pensions que le gouvernement organise. C’est à ce prix qu’il pourra obtenir les meilleures notations de la part des agences patronales que sont Moody’s et les autres.
Enfin, il s’agit, par la réduction des prestations du deuxième pilier, de susciter un besoin de troisième pilier. De la même manière qu’une AVS indigente – la rente pleine de 2300 francs ne permettant pas d’assurer un niveau de vie décent comme le prescrit la Constitution – a généré le besoin de deuxième pilier, un deuxième pilier au rabais crée, comme une caisse maladie au rabais, un besoin de complémentaires.
Payer pour partir plus tôt
Ce qui signifie que, étant donnée l’augmentation de la charge et de la pénibilité du travail consécutive au blocage du personnel décidé par le gouvernement, pour partir plus tôt à la retraite – c’est-à-dire quand on n’en peut plus – il faudra soit renoncer à une part importante de la rente, soit se constituer un troisième pilier.
Déductible des impôts, of course, de manière à assécher encore un peu les finances publiques et réduire «le train de vie de l’Etat», mais bienvenu pour les banques… Et la boucle est bouclée.
Paolo Gilardi - Cet article a paru dans L’Anticapitaliste 33ème (7 octobre 2010)
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste