UN NON À LA RÉVISION DE LA LACI EST NÉCESSAIRE
Il faut infliger une défaite à la droite et aux employeurs lors de la votation du 26 septembre sur la révision de l’assurance chômage. Pour y parvenir, on ne peut pas dire que la campagne de «la gauche» et des syndicats soit brillante.
La révision de la Loi sur l’assurance chômage et l’indemnité en cas d’insolvabilité (LACI), soumise au vote le 26 septembre prochain, répond à un objectif patronal clair: renforcer la concurrence entre salariés sur le marché du travail. Pour y parvenir, le projet comporte différentes mesures qui vont toutes dans le même sens: contraindre les salariés sans emploi à accepter n’importe quel emploi, pour n’importe
quel salaire. Un seul exemple: le projet de révision supprime aux jeunes sortant de formation toute indemnité de la LACI après trois mois déjà. L’objectif: que ces jeunes soient contraints d’accepter n’importe quel travail, à n’importe quel salaire. Pour ajouter la coercition légale à la coercition économique, la notion de «travail convenable» (c’est-à-dire un emploi que tout «demandeur d’emploi» a l’obligation d’accepter) est revue à la baisse. Ainsi, un jeune sortant de formation devra accepter n’importe quel poste de travail, même si celui-ci n’a rien à voir avec sa formation!
Chômage et profits
Les organisations syndicales et le Parti socialiste suisse ont axé leur campagne sur la dénonciation du plafonnement des cotisations à la LACI. En effet, aujourd’hui, la partie du salaire qui dépasse 126 000 francs annuels n’est pas soumise à la cotisation à l’assurance chômage. La gauche institutionnelle réclame ainsi la fin de cette injustice et considère que, si les cotisations étaient déplafonnées, la question de la santé financière de la LACI ne se poserait pas. Admettons. Et considérons donc effectivement que satisfaire cette revendication améliorerait la situation de l’assurance chômage. Mais d’autres questions se posent: sur un sujet aussi crucial que celui du chômage (du travail) le déplafonnement des cotisations répond-il aux problèmes actuels des salariés en matière de licenciements, de menaces sur l’emploi, de chômage? N’y a-t-il pas, à l’occasion de cette campagne, des batailles plus importantes à mener, des revendications différentes à poser, comme la question de l’interdiction des licenciements? Ne serait-il pas possible de montrer la poursuite des bénéfices dans les principales entreprises de Suisse et l’augmentation du chômage? Ne pourrait-on pas, «syndicalement», parler des dividendes versés aux actionnaires, en Suisse, l’an dernier, alors que le chômage augmentait? Ne pourrait-on pas évoquer l’augmentation de la productivité, qui se paie en chômage de masse comme en risques pesant sur la santé des salariés? Bref, ces questions n’auraient-elles pas leur place dans le cadre d’une campagne nationale? Poser ces questions, au fond c’est y répondre. Et les syndicats comme le Parti socialiste ne veulent pas débattre de ces sujets. Parce qu’ils n’ont rien de fondamentalement différent à dire là-dessus que ce que racontent les employeurs sur la «compétitivité de la place industrielle suisse» ou sur «la nécessité de ne pas augmenter le coût du travail». De fait, parler des «très hauts revenus» qui se désolidarisent du financement de l’assurance chômage, c’est déserter de fait les questions portant sur le travail, les licenciements, la distribution des richesses: c’est déserter, volontairement et consciemment, le terrain principal de l’affrontement entre les classes sociales.
Une campagne pour dire quoi?
Il nous semble pourtant que ces questions auraient pu prendre toute leur place dans une campagne de votation sur un sujet tel que le chômage. Déjà au moment du lancement du référendum par l’USS et la Parti socialiste suisse, nous évoquions nos désaccords avec l’orientation défendue par ces forces. Nous maintenons qu’une opposition radicalement différente est nécessaire aujourd’hui. Reste qu’un non est indispensable, le 26 septembre prochain, pour marquer notre opposition à la stratégie patronale d’offensive permanente contre les salariés – avec ou sans emploi.
David Gygax
L’Anticapitaliste / N°30 / 26 août 2010
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste