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« La Gauche » : une « nouvelle force politique alternative » ?

Déposé par Aurélien dans 3 décembre 2009 – 16:53Pas de commentaire

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Le 21 novembre dernier a eu lieu à Schaffhouse une rencontre visant à « lancer une nouvelle force politique nationale alternative de gauche »: « La Gauche ».

La rencontre de Schaffhouse fait suite à un processus initié par le lancement, au printemps dernier, d’un appel exprimant « l’exigence d’une autre organisation sociale basée sur l’émancipation humaine ». Or, « ni un PS [Parti socialiste] englué dans un gouvernement de droite, ni des Verts à la poursuite d’une économie de marché verte, ni des forces anticapitalistes éparpillées (…) ne sont capables de reconstruire l’espoir ». Une triple exigence a été mise en avant tout au long du processus de constitution de « La Gauche »: rompre avec le système capitaliste; offrir une alternative au PS; « créer une dynamique unitaire et pluraliste nationale, au-delà de tout sectarisme », pour reprendre les propos de Frédéric Charpié, l’un des principaux animateurs de « La Gauche » en devenir.
En tant que Gauche anticapitaliste, nous ne pouvons que souscrire à cette triple exigence. De même, nous nous réjouissons de la dynamique militante enclenchée par l’appel susmentionné.

On prend les mêmes et on recommence?

Cela dit, nous ne saurions taire quelques doutes sur le processus en cours.
Il est en effet difficile, pour l’heure, de se faire une idée de l’approche fondamentale de « La Gauche ». Son seul texte d’orientation, appelé « Programme d’action », se limite à énoncer des orientations générales sur un certain nombre de questions. Nous soutenons certes la plupart de ces orientations, mais cela fait un peu court comme programme…
De plus, l’histoire récente de la « gauche de la gauche » appelle à ne pas tomber dans un triomphalisme béat. Dans leur pratique réelle, tant les dirigeants de solidaritéS que ceux du POP/PdT, dont une partie sont parmi les initiateurs du projet « La Gauche », ont en effet largement évacué une préoccupation essentielle: la participation directe à l’organisation des salariés, des jeunes, des femmes, la stimulation de leur mobilisation collective. C’est pourtant la précondition pour faire face aux attaques patronales et pour que puisse émerger, d’en bas, un nouveau mouvement d’auto-émancipation, de transformation de la société. Ils ont privilégié une tout autre option: le travail institutionnel, dans les parlements et au sein de gouvernements locaux, dans le cadre de coalitions avec le PS et les Verts. Pour quels résultats? Peut-on affirmer que cela a permis de « limiter les dégâts », selon la formule consacrée? Loin s’en faut. En quoi les gouvernements sortants à majorité de « gauche » de Neuchâtel et de Genève, que les dirigeants de « la gauche de la gauche » avaient contribué à faire élire, ont-ils mis en œuvre une politique répondant, même à la marge, aux besoins des salariés? En fait, ils ont mené « cette politique de droite… que la droite n’a pas su faire » (Bilan, 10 mai 2006)! De même, toutes les participations de ces dirigeants à un exécutif se sont soldées par leur collaboration à l’application de politiques au service du Capital. C’est ainsi que le magazine Bilan a classé la Ville du Locle, dont l’exécutif est à majorité popiste, au « 1er rang pour l’accueil des entreprises » (Le Temps, 21 septembre 2006). C’est ainsi que Rémy Pagani, l’élu de solidaritéS au Conseil administratif de la Ville de Genève, avait souscrit à la coupe de 10 millions de francs dans les rentes complémentaires versées aux personnes âgées les plus démunies. C’est ainsi que l’élu popiste à la Municipalité de la Ville de Lausanne, Marc Vuilleumier, remplit une triple fonction, unanimement saluée… à droite: matraquer les manifestants du 1er Mai; faire la chasse aux toxicomanes et aux mendiants; attirer les fédérations sportives internationales par des cadeaux fiscaux.

Lutte des classes ou strapontins ministériels?

Bref, il nous paraît légitime de s’interroger: les initiateurs de « La Gauche » ont-ils l’intention de rompre avec de telles pratiques ou s’agit-il d’appliquer la même politique en changeant simplement de casquette?
Oui, il faut regrouper toutes celles et tous ceux qui veulent en finir avec la société actuelle et en bâtir une nouvelle! Oui, il faut arrêter de laisser faire des politiciens qui ne font qu’appliquer ce que leur dicte le pouvoir économique! Oui, il faut construire une nouvelle gauche, une gauche de gauche! Mais entre lutte des classes et strapontins ministériels, il faut choisir! Entre rupture avec le capitalisme et gestion du système, il faut choisir! Entre unité de la gauche radicale et unité avec les socio-libéraux (PS et Verts), il faut choisir! Parce que rien n’est pire qu’un espoir déçu…

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