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M. Maurer, on n’est pas des vaches laitières !

Déposé par dans 20 septembre 2013 – 14:51Pas de commentaire

Le président de la Confédération n’est plus à un «dérapage» près. Le dernier date de début septembre dans l’émission Infrarouge de la RTS. Et à ce jeu, les femmes sont pour lui une cible facile.

Ueli Maurer, chef du Département de la défense, a donné une belle leçon de sexisme et de patriarcat sur le plateau d’Esther Mamarbachi le 4 septembre dernier. Mais l’homme de la «nature» n’en est pas à son coup d’essai en matière de sexisme. Il n’hésite jamais à donner sa vision très minimaliste de l’égalité des sexes. Selon lui, les rôles sociaux des femmes et des hommes sont rigidement définis. Il y a quelques années il n’hésitait d’ailleurs pas à comparer les femmes à des vaches car «dans la nature, c’est aussi la vache qui s’occupe du veau, pas le taureau». Alors, dans le contexte de la réforme du service militaire obligatoire, institution virile par excellence, les arguments ayant trait à l’ordre de la «nature» foisonnent. Car il est aisé d’invoquer des valeurs supposément traditionnelles pour défendre une institution patriarcale en voie de désuétude.

L’armée doit protéger les plus faibles, les femmes
«L’homme qui fait son service militaire, il est là pour garder votre sécurité, pour garder la sécurité des plus faibles: les femmes, les jeunes, les âgés». C’est ainsi que le conseiller fédéral UDC défend le service militaire obligatoire pour les hommes. Car il est évident que les hommes sont «prévus» pour défendre la sécu- rité du pays, et les femmes, elles, font les «les enfants et d’autres choses». Bien entendu. Et Maurer d’affirmer encore, en s’adressant directement à des femmes, que «les femmes sont heureuses qu’on les protège». A-t-il seulement pris la peine de demander à une femme son avis là-dessus avant d’affirmer de telles généralités? Saluons ce grand talent de ventriloquisme. Plus sérieusement, il est intolérable qu’un conseiller fédéral émette un tel dis- cours patriarcal, prônant encore et toujours un modèle d’hommes forts et dominants vis-à-vis de femmes faibles et soumises. Cela montre bien que le sexisme est partout, et émane aussi et encore des plus hautes sphères hiérarchiques et politiques.
Vision traditionaliste de l’UDC
Le discours patriarcal tenu par Maurer n’est qu’un reflet des visions de l’UDC qui sont basées sur la discrimination et le mépris des personnes autres que «les hommes suisses». L’UDC est attachée à une Suisse «traditionnelle», basée sur un ordre «naturel» des choses. La tradition se traduit pour l’UDC par un ultraconservatisme des mœurs, glorifiant à souhait la masculinité et la virilité de sa population masculine. Cela notamment au travers de l’institution qu’est l’armée: un des derniers bastions où l’égalité formelle entre femmes et hommes n’est pas même requise. Car sans armée obligatoire, les hommes seront-ils encore de vrais hommes? L’UDC a si peur de s’éloigner de ces prétendues valeurs traditionnelles qu’elle cantonne, au nom de l’ordre traditionnel, les femmes dans les rôles d’éternelles mères, épouses, fragiles, soumises, etc. Le problème est que ces rôles ne sont pas librement choisis mais imposés, tout en étant considéés comme inférieurs aux rôles masculins. Et il est révoltant de penser que de tels clichés sont utilisés si sérieuse- ment en politique. Et pas seulement par l’UDC.

On n’est pas des vaches laitières!
Il est bon de toujours le rappeler: les rôles sociaux ne sont pas fixes, ils évoluent, ainsi que la société. Or il est évident que les partis conservateurs veulent les figer et maintenir des rap- ports inégalitaires entre sexes pour que les femmes restent sagement dans leur cuisine. Pour que l’ordre inégalitaire de la «nature» continue de favoriser le «sexe fort» et que la société capitaliste puisse bénéficier du sexisme ordinaire. Mais il peut être important de considérer les femmes autrement que comme «seulement» des matrices reproductives ayant besoin d’être protégées pour le bien de la nation. Les femmes peuvent aussi s’affirmer et n’ont pas besoin de ventriloques qui leur disent qui elles sont et ce dont elles ont besoin. Et affirmer que les femmes sont faibles et qu’il est nécessaire pour les hommes de les protéger est une vision complètement dépassée de la société. Il est honteux qu’en méprisant de la sorte 51% de la population, Ueli Maurer puisse se sentir légitime de représenter notre pays. Parce qu’on a la rage et qu’on se battra tant qu’il le faudra pour qu’on arrête de nous délégitimer en fonction de notre sexe, M. Maurer, lâchez-nous la grappe et retournez jouer avec vos Gripen bien virils!

C.F.

Article paru dans L’Anticapitaliste n°96, 20 septembre 2013