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Quand le social vire au carcéral !

Déposé par dans 20 septembre 2013 – 14:33Pas de commentaire

Contractuellement sous le régime des «Emplois de Solidarité», une vingtaine de salariés de l’association Partage refusent de retourner au travail. Et pour cause: leur environnement de travail s’apparente plutôt au milieu carcéral qu’à celui censé les préparer à réintégrer une nouvelle activité professionnelle. A entendre les grévistes, on est loin d’une «nouvelle façon de travailler ensemble» défendue par l’association sur son site Internet et orgueilleusement revendiquée par l’économie dite «sociale et solidaire».

Légaliser la précarité et le dumping
La loi sur le chômage, entrée en vigueur en 2008 à Genève, prévoyait la création de postes de travail financés en partie par l’Etat mais gérés par des entreprises d’utilité publique. Dans la théorie, ces contrats étaient supposés n’être qu’une étape vers la réinsertion professionnelle. Dans les faits, cette mesure sert essentiellement à créer des emplois faiblement qualifiés, mal payés, permettant aux collectivités publiques de sous-traiter certaines tâches. La commune de Carouge, par exemple, délègue le ramassage d’une partie des ordures à Partage, au lieu de l’attribuer à son service de voirie.
Les salariés de Partage dénoncent cette situation de dumping institutionnalisé. Ils exigent d’être municipalisés au sein des services de voirie des 8 communes du canton de Genève qui font appel à Partage, avec un vrai contrat de travail et un salaire permettant de vivre: ce qu’on est en droit d’attendre du «principe de réinsertion». Pourquoi vouloir un nouveau contrat auprès des municipalités plutôt qu’à Partage? Car au- delà de la question salariale, peu enviable (2800 francs nets par mois), on trouve aussi un environnement de travail détestable, qui a été le déclencheur de la grève.

Le règne de l’esclavage sans partage
En termes de santé, de sécurité et d’hygiène, la situation à Partage est dramatique. La stratégie managériale adoptée par la direction repose sur la méthode du bâton… mais sans la carotte! Mépris de la part de la direction, menaces, insultes, flicages, pression, mobbing… voici l’environnement de travail brièvement résumé dans lequel évoluent les travailleurs de Partage. Sans parler des conditions de travail difficiles, des outils dysfonctionnels, d’une sécurité aléatoire… On a connu mieux comme mesure de «réinsertion», censée redonner aux chômeurs le «goût du travail»! La direction de Partage semble avoir été zélée dans l’application de cette gestion du personnel, certaine de se trouver face à un salariat précaire, corvéable et peu disponible à la lutte. Elle doit être d’autant plus surprise par la détermination des grévistes.
Ces derniers semblent bien décidés à mener la lutte le plus loin possible. Une détermination d’autant plus remarquable que le fragile statut des «Emplois de Solidarité» et la précarité qui l’accompagne pourraient en décourager plus d’un. Pour les grévistes, ce n’est pas seulement une question de principe, c’est aussi une question de respect et de droit: celui d’exercer une activité professionnelle qui permette de vivre dans un environnement de travail adéquat, fut-il soi-disant «social et solidaire»!

VB

Note de l’auteur: en raison de la composition uniquement masculine de cette grève, le langage épicène n’a pas été utilisé ici.

Article paru dans L’Anticapitaliste n°96, 20 septembre 2013

Photo Demir Sönmez