Accueil » Suisse

L’Anticapitaliste se féminis-t-e

Déposé par dans 6 septembre 2013 – 17:36Pas de commentaire

Travailleurs de tous les pays, qui lave vos chaussettes?» Ce slogan des années 1970 fait-il toujours sens? Il dénonce une division sexuée du travail productif et reproductif entre hommes et femmes, qui n’est pour l’heure pas abolie. Les femmes en général sont invisibilisées quant au travail domestique effectué et payent un plus lourd tribut à l’extension du capitalisme globalisé. En parallèle, la forte salarisation des femmes occidentales fait émerger de nouvelles questions quant à l’emploi massif de femmes de ménage, souvent migrantes. Reposons donc la question de manière actuelle dans une perspective de sexe, «race» et classe: «Travailleurs et travailleuses, qui lave vos chaussettes?»

Rendre visible les questions de genre
Tant qu’il le faudra donne une plus grande visibilité aux questions de genre. Si aujourd’hui les milieux de gauche ne les banalisent plus, les organisations, leurs discours et leurs pratiques restent (trop) souvent masculines. Il s’agit de sortir des repères du «masculin universel» et de poser des questions autrement. Cet espace repensera les relations de pouvoir en soulignant l’importance de l’interrelation des notions de genre (rapports sociaux entre femmes et hommes), de classe et de «race» pour remettre en question les rôles stéréotypés et lutter contre les discriminations et violences à tous égards. Car dans le capitalisme global les relations de pouvoir se soutiennent réciproquement et il est impossible d’en contester une sans les contester toutes! Il ne s’agit donc pas seulement de penser et de revendiquer l’égalité entre tous et toutes, mais aussi de mettre en avant des perspectives invisibles, occultées ou minimisées par la culture patriarcale dominante.

Les idées par le texte
Le langage épicène, écriture non sexiste, visibilise de manière égalitaire le féminin et le masculin. Par son introduction dans L’Anticapitaliste nous oeuvrons plus activement vers un modèle de militantisme politique qui ne reproduit ni ne perpétue les inégalités de genre structurelles qui dominent la société. Le langage structurant nos pratiques et nos représentations, on peut par l’écriture épicène apporter des modifications à la langue pour changer la façon dont nous percevons la réalité. Car la langue, de manière certes moins visible qu’une inégalité salariale de 20%, participe aux rapports de domination et à l’ancrage d’une certaine vision des individus. Et si le langage n’est pas neutre il n’est pas non plus figé. Il évolue et reflète nos valeurs et notre organisation sociale, toujours changeantes. La règle voulant que le masculin englobe le féminin date du XVIIe siècle, avec la conviction que le masculin était plus noble et supérieur au féminin. Fort heureusement notre cadre idéologique a changé. L’écriture épicène rend donc compte de la réalité en remettant les femmes là où elles sont présentes, pour les visibiliser et les légitimer. Penser l’égalité dans sa globalité passe donc aussi par les mots. C’est pour cela qu’il est important que L’Anticapitaliste (et les articles issus du journal et publiés sur ce site) reflète par le texte les idées qu’il défend.

Article paru dans L’Anticapitaliste n°95, 5 septembre 2013

feminisme