Grippe porcine : primes aux multinationales de l’épidémie!
Aseptiquement rebaptisée A/H1N1, la grippe porcine se répand. L’épidémie était pourtant annoncée depuis plus de dix ans. Sans que les autorités fassent quoi que ce soit. Et elles persistent.
La menace de pandémie était connue. Les autorités n’ont cependant donné aucun poids aux avertissements des scientifiques pour ne pas interférer avec les intérêts de la grande industrie agricole et des transnationales pharmaceutiques et de la biotechnologie qui s’enrichissent grâce aux maladies. Les mesures prises sont partielles et ne s’attaquent pas à la cause réelle du problème. Comme le nombre de morts et de malades est devenu incontournable, les autorités ne cessent de miser sur la technologie des multinationales, toujours prêtes à patenter de nouveaux vaccins contre les nouveaux virus. Mais, même si l’on devait trouver rapidement un vaccin, l’élevage industriel des animaux reste une bombe à retardement porteuse de nouveaux virus.
En 1998 déjà!
Le précurseur de l’actuel virus de la grippe porcine a été détecté pour la première fois dans des élevages porcins aux Etats-Unis en 1998. De la famille des virus H1N1 – à l’origine de la grippe de 1918 – il s’est recombiné avec des segments de virus de la grippe aviaire et humaine en plus d’autres souches de grippe porcine donnant une triple recombinaison dont on n’avait jamais eu trace. Cela avait alarmé les chercheurs qui en craignaient le potentiel de mutations successives et de conversion en une grippe humaine beaucoup plus pathogène.
Selon le Journal of Virology, en 1999, ce virus affectait 20,5% des porcs de 23 Etats des Etats-Unis. De nombreuses publications scientifiques ont depuis attiré l’attention sur le fait que ces virus se recombinent dans les élevages porcins industriels dans lesquels circulent plusieurs souches. Celles-ci se répandent grâce aux transports nationaux et internationaux d’animaux et d’humains qui ont été en contact avec eux et qui peuvent être des porteurs sains. C’est pourquoi les chercheurs ont mis en garde contre la menace imminente d’apparition d’une souche du virus qui infecte les humains et se transmet entre eux. Cela s’est produit avec la nouvelle épidémie et peut évidemment se reproduire, les causes étant restées intactes. Les virus de la grippe se combinent facilement, mais le processus s’accélère si des résistances se développent dans l’organisme infecté et si deux souches différentes, ou plus, infectent un organisme au même moment. Ces deux conditions sont en permanence réalisées dans les élevages industriels. L’espace réduit dans lequel sont parqués de si nombreux animaux et l’atmosphère infecte et étouffante provoquent la circulation de virus de différentes souches qui peuvent infecter un individu de manière simultanée. C’est la raison pour laquelle on les vaccine massivement, mais cela crée de résistances chez l’animal et les virus mutent.
Le contact entre porcs, oiseaux d’élevage ou sauvages, insectes et humains est permanent et inévitable dans ces établissements et favorise la recombinaison successive de souches de différentes espèces. De plus, les animaux sont gavés d’hormones et d’antibiotiques et systématiquement soumis à des douches d’insecticides, ce qui affaiblit leur système immunitaire et demande encore plus de médicaments. Tous ces produits finissent avec des milliers de tonnes d’excréments dans les bassins d’oxydation des fermes et contaminent aussi bien l’air que les eaux. C’est ce qui se produit à Granja Carroll, l’un des foyers de l’épidémie au Mexique, et dans les autres établissements de la même firme Smithfield, de Tyson, Cargill et des autres grands éleveurs.
L’OMS rebaptise…
La situation est bien connue de l’Organisation mondiale de la santé et il est honteux que cette dernière ait débaptisé la grippe porcine en une très neutre «influenza A/H1N1» pour dégager les éleveurs industriels de porcs de leurs responsabilités. Et il est également absurde que le gouvernement du Mexique vienne au secours des élevages industriels avec mille millions de pesos (85 millions de francs, ndt) pour les dédommager des pertes subies. Sept transnationales contrôlent 35% des élevages porcins mexicains parmi lesquels Granjas Carroll. En plus de provoquer des catastrophes sanitaires et environnementales, ces oligopoles portent préjudice aux petits élevages paysans de porcs et de poulets où les virus peuvent aussi se trouver mais où il est difficile de rencontrer différentes souches en même temps, le bétail, pas très nombreux, étant parqué dans des espaces séparés. En fait, au lieu de s’attaquer aux causes de l’épidémie, c’est une prime à ceux qui l’ont provoquée que l’on verse.
Silvia Ribeiro, La Jornada /Mexique / 9 mai 2009
Traduction & intertitres: P. Franti
Article paru dans L’Anticapitaliste n°4

L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste