L’oppression de l’orange
« Une terre sans peuple pour un peuple sans terre », ce slogan de la propagande sioniste a trouvé en Eyal Sivan un contradicteur intelligent et irréfutable, à travers son dernier film « Yaffa. La mécanique de l’orange »
Eyal Sivan a grandi à Jérusalem et a été photographe professionnel à Tel-Aviv. Devenu cinéaste, essayiste et producteur, il a réalisé plus de dix documentaires politiques qui ont été primés dans le monde.
A travers une mosaïque d’anciennes photographies, d’images d’archives, de films de propagande et publicitaires sionistes, de témoignages d’anciens ouvriers agricoles, de propriétaires juifs et arabes, d’historiens, d’affiches de publicité, le film reconstitue l’histoire de la Palestine du XIXème et du XXème siècles à travers l’économie de la production d’oranges. Les premières photos prises montrent ce passé, aujourd’hui oublié. Indiscutablement, une agriculture importante existait, et employait une nombreuse main d’oeuvre agricole. Les premiers colons sionistes qui ont acheté des terres, savaient qu’elles n’étaient ni vierges, ni désertiques.
La Palestine, un désert ?
Contrairement à ce qu’a affirmé la propagande sioniste, les orangers poussaient déjà depuis longtemps en Palestine. Une agriculture qui avec l’arrivée des bateaux à vapeur avait pu dépasser les anciennes limites d’exportation du Proche-Orient pour arriver en Europe. L’orange se présentait alors avec l’image mystérieuse de l’orient.
Lorsque la propagande du nouvel Etat d’Israël s’empara de ce symbole, « Jaffa » devint synonyme de produit israélien.
Les films des actualités des années 50 répandent la vision d’un pays qui ressemblait à celui décrit par l’ancien testament 2000 ans auparavant. Un désert, des cailloux, des dromadaires, des chèvres et quelques tribus arriérées, une terre qui n’attend que le retour du « peuple élu » pour devenir fertile.
La ville arabe de Jaffa fût en grande partie détruite durant le conflit de 1948, la terreur militaire allait la vider de ses 85’000 habitants arabes, pour devenir un faubourg de la nouvelle ville en construction, Tel-Aviv, vitrine moderne et occidentale d’Israël. Les orangeries abandonnées sont confisquées, et la production continue sous contrôle étatique. La marque « Jaffa » sera déposée et soutenue par des campagnes publicitaires considérables. « Jaffa est aux fruits ce que Coca-cola est à la boisson ».
La diplomatie de super-marché
En France et en Suisse, ces agrumes seront distribués dans les écoles. L’orange deviendra l’ambassadeur sympathique d’Israël, avec un message politique fort : « L’Israël des oranges, c’est un Israël sans Arabes ».
Le projet colonial sioniste, contrairement à ses prédécesseurs anglais ou français, ne voulait pas exploiter la force de travail des palestiniens. Sous couvert d’arguments teintés de socialisme se cache l’exclusion des moyens de subsistance pour les populations palestiniennes. Les ouvriers agricoles sont remplacés, d’abord par de jeunes pionniers juifs. Ensuite par des travailleurs immigrés de pays lointains.
Finalement, la logique capitaliste en Israël a fait disparaître les orangers. La construction de logements et la spéculation immobilière rapportent davantage que la production d’agrumes. La marque « Jaffa » continue d’exister, mais les oranges ne sont plus produites en Palestine. Le mythe n’est plus nécessaire, les démonstrations de force ont désormais de solides appuis politiques internationaux.
José Sanchez
« Jaffa, La mécanique de l’orange », film de Eyal Sivan, 2009, 1h28
L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste