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Le débarquement du socialisme

Déposé par dans 4 octobre 2014 – 11:34Pas de commentaire

Si Churchill a symbolisé la volonté de résistance au nazisme, sa chute en 1945 témoigne du fossé de classe existant en Angleterre. Pas question de reconstruire les taudis des années 30. Guerre au chômage et à la misère

« L’esprit de 45 », film de Ken Loach, 2013

La lutte contre le nazisme a exigé beaucoup de sacrifices en vies humaines et en niveau de vie en Angleterre durant près de 6 ans. Des ressources immenses ont été mises à disposition pour la guerre. Pour la majorité de la population laborieuse qui avait fourni l’essentiel de cet effort, il ne faisait aucun doute que l’avenir devait sensiblement s’améliorer. La reconstruction ne devait pas viser à revenir à l’Angleterre des années 30, synonyme de misère et de chômage. La reconstruction devait viser une nouvelle société, avec de meilleures conditions de vie pour la majorité de la population. Concrètement cela signifiait construire de nouveaux logements, de qualité, pas les taudis des années d’avant-guerre. Abolir un privilège de classe que constituait une consultation chez un médecin et obtenir un médicament. Suite à la production massive d’armement, le chômage avait momentanément disparu. Désormais, le travail devait devenir un droit permettant une vie digne et sans crainte de l’avenir, et ne plus obéir à la volonté de quelques capitalistes d’utiliser la force de travail comme ils l’entendaient.

Churchill est viré.

Tous ces espoirs vont pousser les conservateurs et leur illustre dirigeant Winston Churchill hors du gouvernement au cours des élections législatives de 1945. Un raz-de-marée en faveur du parti travailliste, qui avait fait campagne pour de grandes réformes d’inspiration socialiste.

Mélange de documentaires d’époque et de témoignages d’anciens ouvriers, mineurs, cheminots et infirmières, le film de Ken Loch illustre ce mélange de colère, de détermination et d’espoir. Le programme travailliste n’était pas une rupture avec le capitalisme, mais un profond remodelage des critères de redistribution de la richesse produite. La rapidité de sa mise en œuvre constitue la démonstration des possibilités pour un pouvoir politique. La création de la sécurité sociale et d’un système unifié public de soins totalement gratuit (NHS), tranche avec les discours politiques actuels sur les limites des mesures gouvernementales.

Nationalisations en masse.

La nationalisation de la production de charbon, d’acier et du transport ferroviaire, secteurs-clés pour la production industrielle et pour l’emploi montrent qu’un gouvernement a des leviers contre le chômage. Le contrôle public visait à favoriser autant une politique de plein emploi q’une planification économique au service de la population. Cela conserve tout son sens aujourd’hui, lorsque les économistes et les ministres nous parlent de la fatalité du « chômage incompressible ».

Ken Loch ne se fige pas dans une présentation nostalgique. Revenant sur l’arrivée au pouvoir des conservateurs et de Margaret Thatcher en 1979, il rappelle que la politique de démantèlement et de privatisations a provoqué de grandes batailles sociales pour s’y opposer, à l’exemple de la grève des mineurs de charbon. Certes elles ont été perdues. Mais c’est un des enseignements du film. Les grandes réformes sociales ne sont pas tombées du ciel, il a fallu se battre pour les obtenir. Et il fallait aussi se battre pour les conserver. Dans une société de classes, aucun acquis n’est éternel.

José Sanchez