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Des riches toujours plus riches!

Déposé par dans 17 octobre 2014 – 09:43Pas de commentaire

« Ce système réduit au maximum les formes possibles d’injustice, génère mieux que tout autre le progrès matériel et culturel, contient le plus efficacement la violence et veille au respect des droits humains ». Cette brillante ode au capitalisme émane du Prix Nobel de la littérature 2010, l’écrivain péruvien Mario Vargas Llosa, devant 17 « prix Nobel de l’économie » aux rencontres économiques de Lindau.

Confrontons cette audacieuse déclaration avec les dernières statistiques de la réserve fédérale américaine (FED).

N’en déplaise à notre grand écrivain, les inégalités ont cru plus vite dans le fief de la libre entreprise que dans notre vieille Europe ces dernières années, et la tendance n’est pas près de s’inverser.

Concentration des revenus

L’enquête de la FED n’est pas très difficile à interpréter. Entre 2010 et 2013, les revenus des 10% les plus riches ont augmenté de 10%. Durant la même période, les revenus des 40% les moins aisés ont reculé. Les 20% les plus pauvres ont même perdu 8% de leur revenu, ce qui n’est pas négligeable pour des salaires moyens annuels de 15 200.- US $. « Les riches toujours plus riches, les pauvres toujours plus pauvres » n’est donc pas seulement un slogan de manifestants, mais la dure réalité.

3% des plus riches perçoivent 30,5% du total des revenus. En 2010, cela représentait 27,7%. La même catégorie contrôle 54,4% de la richesse totale, contre 44,8% en 1989. Cela correspond à un pouvoir accru, ce qui explique aussi l’arrogance grandissante des capitalistes.

Obama et Wall Street se félicitent de la reprise économique, preuve des capacités de retournement de l’économie capitaliste. Démonstration tout à fait réussie de la manière dont la crise est utilisée par les patrons pour augmenter leur taux de profit. Les partisans de la politique de «l’offre» du gouvernement Hollande devraient aussi lire le rapport de la FED.

Concentration de la richesse

Car l’augmentation de la concentration de la richesse concerne aussi bien les revenus que la fortune. Alors qu’en 2010 les 3% les plus riches concentraient 27,7% du revenu total, en 2013 ils en touchaient 30,5%. La part des 90% les moins riches avait elle, donc, baissé.

En 2013, nos 3% détenaient 54,4% de la richesse globale, alors que cette classe n’en possédait que 44,8% en 1989. Conséquence: 90% de la population qui possédait 32,2% de la richesse en 1989 n’en possède plus que 24,7% en 2010.

Le tableau ci-dessous illustre cette polarisation sociale :

Catégorie du revenu

Evolution du revenu en % entre 2010 et 2013

Revenu annuel moyen (US $)

20% les plus pauvres

- 8%

15200

20 – 40%

- 6%

30500

40 – 60%

-1 %

49600

60 – 80%

+ 1%

80000

80 – 90%

-1 %

123500

Les 10% les plus riches

+ 10%

397500

Blancs et non-hispaniques

+ 8%

104500

Noirs et hispaniques

- 11%

51600

L’écart croissant entre les catégories raciales ou ethniques démontre que le racisme social est de loin de disparaître. L’élection d’un président noir n’a pas changé la donne. Aux Etats-Unis, l’histoire raciste se perpétue et n’a pas été remplacée par le «rêve» du pasteur King.

La moyenne est trompeuse

A noter que si le revenu moyen s’est accru de 4%, le revenu médian (qui définit le revenu permettant de couper la population en deux parties égales : une moitié gagnant moins, une moitié plus) a quant à lui baissé de 5%. Commentaire de la FED « cela correspond à un accroissement de la concentration des revenus durant cette période ».

Accessoirement, c’est une bonne illustration d’une différence de tendance, selon que l’on utilise la moyenne ou la médiane. Dans des situations où la distribution des revenus est totalement asymétrique, le calcul de la moyenne est totalement erroné.

Reflet de l’évolution de ces trois dernières années, l’indice des cours en bourse des plus grandes entreprises « Standard & Poors 500 » a grimpé de 47%. La politique de la FED n’est pas totalement étrangère de cette progression. Sous prétexte de relancer l’économie américaine, la FED a effectué de gigantesques injections de liquidités sous la forme de prêts à des taux d’intérêts proches de zéro. Une aubaine pour les capitalistes qui pouvaient ainsi acquérir des actions et de l’immobilier : «on ne prête qu’aux riches».

Nulle fatalité dans ces chiffres.

Ces inégalités ne sont que le reflet d’une société de classes, dans la quelle la stagnation, voire la diminution des salaires, et la précarité sur le marché de l’emploi ne sont pas des éléments « objectifs » de « lois » économiques. Ces conséquences sont le résultat de l’avidité sans fin du capital. Décidemment il n’y a pas de limite « raisonnable » pour l’accumulation de nos têtes dorées.

Les mesures de relance qui profitent aux « investisseurs », c’est-à-dire aux patrons, ne sont pas une garantie ni d’une reprise de l’emploi, ni d’une augmentation des salaires. Les facilités fiscales comme les prêts à des taux d’intérêts très bas réclamés par tous les capitalistes de la planète ne sont qu’une opportunité supplémentaire pour s’enrichir.

Qu’est qu’une politique de gauche ?

Le nouveau ministre de l’économie du gouvernement français, Emmanuel Macron, nous donne sa définition de la gauche dans une interview au quotidien «Ouest-France» (citée dans «Le Monde» du 3.9.2026): «Etre de gauche, pour moi, c’est être efficace, recréer les conditions pour investir, produire et innover (…) Etre de gauche, c’est être responsable, ce n’est pas prendre posture». En somme, c’est le même job qu’il faisait comme associé-gérant à la banque Rothschild.

La Gauche anticapitaliste se place sur une tout autre perspective.

Pour les travailleurs et les chômeurs, pour tous les précaires comme pour tous les futurs salariés, une autre politique est nécessaire. Baisse massive du temps de travail pour répartir le travail entre tous, relance par des investissements d’utilité sociale et écologique : assainissement des logements, énergies et transports écologiques, assistances sociales et pédagogiques, productions locales et durables, ne sont que quelques exemples des urgences de notre époque, bien loin des cours boursiers et de la consommation de luxe.


José Sanchez