France : « Contre l’austérité de gauche, préparer les mobilisations »
La conférence nationale de la Gauche anticapitaliste s’est tenue le 5 mai dernier à Berne. Notre camarade du NPA Antoine, membre du comité exécutif, est intervenu pour présenter les éléments et enjeux essentiels de la campagne électorale en France. Il revient sur les questions centrales qui s’ouvrent dans la période postprésidentielle.
Quelle appréciation peut-on porter sur la campagne qui vient de s’achever?
Antoine – La campagne est totalement incluse dans le contexte de la crise. L’objectif, pour les classes dominantes, est de faire payer la crise aux classes populaires. Des premiers pas ont été franchis: il y a en France plus de 6 millions de chômeurs et 8 millions de pauvres. La crise de la dette et les exonérations de cotisations sociales pour les riches et les entreprises organisent un transfert de milliards d’euros vers les classes dominantes. Les résultats du premier tour montrent qu’une part importante de la population s’oppose à cette situation, à la politique de Sarkozy.
Dans les débats avant le second tour encore plus fortement, la question sociale que tu indiques a pris peu de place. Pourquoi cette absence?
La défaite de la grande mobilisation contre la réforme des retraites en 2010 pèse encore lourdement. Les batailles sectorielles ou locales sont nombreuses, contre les licenciements, comme à Arcelor-Mittal par exemple, ou pour de meilleures conditions de travail. Mais elles ne réussissent pas pour l’instant à s’unifier pour augmenter leur poids et leur visibilité.
La campagne a eu un centre de gravité très à droite: quelle analyse en faire?
La bourgeoisie mise sur deux orientations pour «répondre» à la crise. Il s’agit d’augmenter encore le taux d’exploitation des salariés d’une part, en s’appuyant de l’autre sur un discours nationaliste, de diviser et fragmenter le salariat pour l’affaiblir, en développant le racisme. C’est en particulier le choix de la campagne de l’UMP. Sarkozy a cherché à donner une cohésion à ce programme de la bourgeoisie.
Malheureusement, le candidat du PS s’est lui aussi engouffré dans ce type de discours, en voulant «donner du sens à la rigueur» et en reprenant certains préjugés racistes. Cette course au nationalisme donne d’autant plus de force au discours du Front national.
Dans ce contexte, que signifie la défaite de Sarkozy?
D’abord, et malgré cette défaite, la campagne a montré que ceux qui sont à l’initiative aujourd’hui, ce sont bien les classes dominantes. Ce fait est d’ailleurs démontré par trois éléments. Il s’agit premièrement de la campagne du Parti socialiste, encore plus à droite sur les questions essentielles qu’en 2007. Deuxièmement, le score du FN est important, surtout si on tient compte du fait que la campagne de Sarkozy a été très à droite. Enfin, les directions syndicales ont cultivé un attentisme, l’illusion selon laquelle il faudrait «interpeller» le président Hollande et son gouvernement pour obtenir la satisfaction des revendications. Cette perception tranche d’ailleurs fortement avec ce que l’on ressent chez les électeurs de Hollande, qui ont peu d’illusions sur Hollande et le PS.
Ce déplacement massif vers la droite produit des ruptures. L’écho du Front de gauche est autant le résultat de la droitisation du PS, que de nombreux salariés combatifs ne supportent plus, que d’une démoralisation, d’illusions dans le vote Mélenchon. Un grand nombre de ces salariés estiment que, puisqu’on a perdu la mobilisation en 2010, le vote à gauche sera un moindre mal.
Dès lors, qu’attendre de Hollande et de son futur – probable – gouvernement?
Pas grand-chose pour les salariés. Sa campagne a été extrêmement droitière sur le fond, plus encore que celle de Royal en 2007, même s’il a, sur la forme, eu un discours plus ouvert à l’égard des syndicats et des revendications sociales. On a par exemple entendu Hollande critiquer le laxisme budgétaire de Sarkozy, ce qui est quand même assez significatif…
Quelle orientation une organisation révolutionnaire doit-elle développer dans un tel contexte?
Nous allons, au-delà des difficultés internes de notre organisation, nous battre pour développer de larges fronts contre l’austérité de gauche, qui va nous être imposée à coup sûr par ce futur gouvernement. C’est dans ce sens que nous appelons d’ores et déjà à la construction des mobilisations larges, de masse, contre l’austérité.
Nous espérons convaincre, dans les organisations syndicales ou chez les partisans de Mélenchon, que plus que le vote, c’est le rapport de forces social qui nous permettra de défendre nos intérêts.

L\'Anticapitaliste, le bimensuel de la Gauche anticapitaliste