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Roundup partout, justice nulle part

5 juin 2016 • Ecosocialisme, Home, Suisse

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Samedi 21 mai a eu lieu la désormais traditionnelle «marche contre Monsanto», dans de nombreux pays à travers le monde. Elle a rencontré un certain succès en Suisse, signe d’un ressentiment populaire envers les multinationales de l’agrobusiness.

Plus de 3’000 personnes ont marché en Suisse

monsanto_bÀ Bâle, une manifestation rassemblant 2’000 personnes venues de Suisse, mais également d’Allemagne et de France voisines s’est déroulée à l’occasion de cette journée mondiale contre Monsanto. La multinationale agro-chimique suisse Syngenta, qui siège justement à Bâle, était également visée.

Au même moment, une manifestation conséquente a eu lieu à Morges, où se trouve le siège «régional» (Europe, Afrique et Moyen-Orient, tout de même!) de Monsanto. Mêlant ONG, organisations de gauche, ainsi que de nombreuses familles, le cortège de 1’200 personnes s’est rendu jusqu’aux locaux de l’entreprise après un parcours d’une bonne demi-heure en ville. Les manifestant·e·s ont trouvé sur place un bâtiment sécurisé par des barrières métalliques solidement cadenassées, derrière lesquelles les agent·e·s antiémeute se tenaient prêt·e·s à intervenir. Quelques personnes ont lancé des œufs sur le bâtiment, mais la foule est restée globalement calme, face à l’impressionnant dispositif policier.

Un modèle agricole à bannir

monsanto_eUne chose est sûre: les raisons d’être en colère contre la multinationale américaine ne manquent pas. Voilà des décennies que Monsanto se distingue par des scandales sanitaires et environnementaux. Actuellement en Europe, ce sont surtout les OGM assortis de leurs cocktails de pesticides et herbicides, qui cristallisent les inquiétudes du public. Rappelons que le Roundup de Monsanto est un des herbicides les plus utilisés au monde et que le glyphosate qu’il contient a été classé «cancérigène probable» par l’OMS. Ce produit toxique se retrouve dans des proportions non négligeables dans de nombreux produits de consommation [1], au point de contaminer le lait maternel. [2]

De telles informations devraient pousser les pouvoirs publics à interdire les produits à base de glyphosate, ou du moins à en suspendre la commercialisation, au nom du principe de précaution. Pourtant de nouvelles études relativisent la toxicité du produit. Rien de bien étonnant lorsqu’on sait qu’elles émanent d’instituts financés par les entreprises concernées, notamment Monsanto et Syngenta! [3]

Au-delà des menaces immédiates pour la santé humaine, le modèle agricole promu par Monsanto est destructeur à tous points de vue. À long terme, il provoque un épuisement des sols et un effondrement des écosystèmes. Il est également dépendant des énergies fossiles et contribue massivement au dérèglement climatique. En outre, ce modèle précarise toujours davantage les populations paysannes dans de nombreux pays, en imposant l’usage de semences brevetées, dont la licence d’utilisation doit être régulièrement renouvelée.

Misère néolibérale

Les organisatrices et organisateurs des manifs de Bâle et de Morges n’ont pas manqué de relayer l’appel du «Tribunal Monsanto», qui se tiendra à la Haye en octobre 216. Cette fondation – constituée de juristes et d’ONG comme la Via Campesina – vise à condamner l’entreprise pour crimes contre l’humanité et écocide. Bien qu’ayant (pour l’instant) une portée essentiellement symbolique et pédagogique, il s’agira d’«un vrai tribunal avec de vrais juges et avocats en robes, qui examineront de vrais chefs d’inculpation établis avec les vrais outils du droit international». [4]

Reste que dans les faits, Monsanto demeure, comme de nombreuses autres multinationales, pratiquement intouchable. Et il y a peu de chances pour que cela change dans un avenir proche. Au contraire, la ratification par l’Union Européenne du traité anti-démocratique TAFTA, actuellement négocié avec les États-Unis, pourrait même favoriser la condamnation des États par les entreprises privées [5]. Suivant une logique typiquement néolibérale, le TAFTA a pour but de faire tomber les dernières barrières (réglementations sociales et environnementales) qui gênent encore les multinationales, afin de dégager de nouvelles sources de profits.

Pour une écologie politique conséquente

monsanto_dLes marches du 21 mai sont plutôt encourageantes et témoignent d’une indignation populaire croissante vis-à-vis de l’agriculture intensive, tournée exclusivement vers le profit. Il s’agit maintenant d’étendre cette indignation aux autres multinationales de l’agroalimentaire et des matières premières (dont la responsabilité dans la dégradation de notre environnement commun n’est plus à démontrer), ainsi qu’aux banques qui les financent. La responsabilité des autorités suisses – par l’octroi de cadeaux fiscaux aux multinationales – doit aussi être mise en avant. Il est primordial de soutenir également les luttes en faveur d’une agriculture écologiquement et socialement durable, notamment le mouvement pour la «souveraineté alimentaire» [6].

Ce faisant, nous espérons contribuer à l’émergence d’un courant écologiste conséquent, anticapitaliste et antiproductiviste, visant en priorité la satisfaction des besoins fondamentaux de l’humanité.

Remi Calanca

Références:

[1] 24Heures.ch, «40% des bières suisses contiennent du glyphosate»

[2] Reporterre.net, «L’herbicide glyphosate pourrait être interdit en Europe»

[3] TheGuardian.com, «UN/WHO panel in conflict of interest row over glyphosate cancer risk»

[4] Liberation.fr, «Monsanto: pour que justice germe»; site officiel du Tribunal Monsanto: http://www.monsanto-tribunal.org/

[5] LeMonde.fr, «Le traité Tafta va-t-il délocaliser notre justice à Washington?»

[6] Voir notre article à ce sujet.

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