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L’industrie fossile comme contradiction et comme cible

1 juin 2016 • Ecosocialisme, Home, International

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La deuxième édition de Ende Gelände, du 13 au 15 mai 2016 dans le Brandebourg, a été un succès: 3’500 militant·e·s de pays européens ont bloqué l’exploitation d’une mine de charbon et l’une des plus grande centrale thermique d’Europe. Retour sur ce week-end militant par deux participants, membres de solidaritéS et de la Gauche anticapitaliste.

Break Free est une semaine mondiale d’actions contre les énergies fossiles, qui passe par des blocages d’infrastructures ou de projets extractifs. En mai dernier, c’est ainsi 20 actions de désobéissance civile, impliquant 30’000 participant·e·s, qui ont eu lieu simultanément aux quatre coins du monde, notamment à Vancouver, aux Philippines, en Turquie et en Allemagne. Ces mobilisations se situent dans le prolongement d’un mouvement qui s’est déjà manifesté autour de la COP21 et qui s’ancre dans une conscience toujours plus claire de l’arnaque du «capitalisme vert» face à l’impasse climatique.

Un consensus d’action pour toutes et tous

Blocage des quais de chargement du charbon de la mine de Welzow Süd, Lusace, Allemagne. (DP)

Le mouvement Ende Gelände («Pas plus loin»), qui se focalise sur la problématique du charbon en Allemagne, s’était déjà illustré en 2015 par le blocage d’une mine en Rhénanie. Une des caractéristiques d’Ende Gelände est de favoriser une participation large, permettant une convergence entre mouvements.

Au Klimakamp (Camp Climat), les militant·e·s peuvent se restaurer à prix libre, suivre des ateliers de formation, préparer les actions et se reposer. Chaque participant·e doit faire partie d’un «groupe affinitaire» de quelques personnes qui s’accordent sur les activités auxquelles elles souhaitent prendre part. Elles rejoignent ensuite un «doigt», une unité d’action de plusieurs centaines de personnes où les décisions sont prises en assemblée de délégué·e·s des groupes affinitaires. Tous les doigts agissent comme une main: avec une existence propre et un objectif commun.

Le «consensus d’action» concis et déterminé à l’avance permet des formes de mobilisations variées tout en intégrant différents mouvements de façon non-autoritaire et transparente. Il pose quelques limites (par exemple l’interdiction de saboter), mais établit surtout une solidarité entre les différentes composantes: quel que soit le degré de prise de risque ou de confrontation avec la police, l’entraide prime. Une pratique démocratique radicale permet aux militant·e·s de participer aux prises de décision en temps réels sur le terrain.

Le charbon: roue de secours du capitalisme fossile

Village à l’abandon, voué à disparaître face à l’avancée de la mine. (DP)

Le mouvement anti-nucléaire a profondément structuré le paysage politique allemand. Après l’accident de Fukushima, Mme Merkel a réaffirmé la volonté du pays de se débarrasser de cette énergie mortifère. D’un point de vue économique, le charbon semble alors le candidat idéal pour lui succéder: les ressources sont colossales et susceptibles de soutenir le système énergétique mondial pendant des décennies. Mais la combustion du charbon est peu efficace et très fortement génératrice de CO2 constituant: une véritable catastrophe en matière de politique climatique.

Or, le poids politique et économique des charbonniers et pétroliers faces aux renouvelables ne laissent pas présager l’abandon prochain des fossiles. Seule une pression populaire forte pourrait casser cette logique du profit, qui invisibilise les «externalités climatiques» et cantonne les alternatives au monde des utopies. C’est cette conviction du caractère profondément social et politique de la question énergétique qu’Ende Gelände a mis en avant lors de ce week-end d’actions.

Désobéissance civile contre l’extractivisme

Carte des villages détruits par la mine. Destruction, déplacement de populations et atteintes à la santé sont aussi le lot de régions entières en Allemagne. (DP)

Face à l’urgence climatique, les résolutions de la COP21 restent largement insuffisantes. Rester sous la barre du 1,5° C de réchauffement global est devenu un objectif étatique, sans pour autant prévoir de sanctions ou de mesures coercitives vis-à-vis des industriels. Ainsi, les militant·e·s se servent désormais de cette légitimité idéale du droit international pour appeler à la «désobéissance climatique»: des actions de désobéissance civile pas nécessairement légales, mais légitimes au regard de l’état de nécessité de sauvegarder les conditions de vie des générations futures. Les références aux mouvements pour les droits civiques et contre l’esclavage sont constants et illustrent le lien établit entre capitalisme esclavagiste et extractiviste, avec comme perspective réjouissante la nécessaire fin de ce dernier.

Réponses globales, divisions locales: notre défi éco-socialiste

Blocage des quais de chargement du charbon de la mine de Welzow Süd, Lusace, Allemagne. (CC BreakFree)

Durant les trois jours d’actions, 3’500 personnes ont participé aux blocages allant jusqu’à l’extinction de la centrale thermique faute de combustible, alors qu’une marche réunissant 4’000 personnes a eu lieu à travers les villages environnants, dont ceux qui seront prochainement engloutis par la mine. Les divisions provoquées par l’exploitation minière dans les villages sont manifestes: banderole menaçant de mort les manifestant·e·s qualifié·e·s de «hippies»; croix jaunes sur les portes des habitant·e·s en opposition au charbon; syndicalistes de IG Bergbau défendant les emplois créés par la mine.

Ces divers éléments soulèvent la nécessité pour le mouvement écologiste d’adopter une perspective globale, incluant les enjeux locaux et plus généralement la question sociale. Face à la puissance de l’adversaire, le mouvement pour l’abandon des énergies fossiles doit être uni internationalement et gagner l’hégémonie populaire. Il est ainsi primordial de proposer de réelles perspectives de reconversion pour les salarié·e·s de l’industrie fossile et des autres industries que nous devrons abandonner. Ces reconversions doivent faire partie intégrante d’une transition énergétique démocratiquement choisie.

Remi Calanca (GA)
& Dimitri Paratte (solidaritéS)

 

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