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Macabre anniversaire

26 avril 2016 • Ecosocialisme, Europe, Home

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Il y a exactement 30 ans, la fusion du réacteur n°4 de la centrale nucléaire de Tchernobyl (en actuelle Urkaine) provoquait un désastre écologique sans précédent. Pour commémorer cette triste date, nous vous proposons deux articles de notre camarade José Sanchez parus le 15 avril dernier dans Services Publics, le journal du syndicat SSP.

Le vrai coût de l’option nucléaire

Conçues à l’origine pour fonctionner durant une période de 30 ans, ces centrales sont aujourd’hui poussées par leurs partisans à battre des records de longévité.

Oubliée la catastrophe de Fukushima (2011), suite à laquelle le Japon a dû stopper toutes ses centrales atomiques. La plupart sont toujours à l’arrêt. L’eau contaminée s’entasse dans des réservoirs de plus en nombreux, dont on ne sait toujours pas comment on pourra se débarrasser. Les effets des radiations et de la contamination de l’air ne se manifesteront que plus tard.380752_tchern_460x306

Déchets radioactifs

Toute centrale nucléaire produit des déchets hautement radioactifs. C’est un processus irréversible. A l’origine, la dangerosité de ces matériaux était tolérée, car ils représentaient un débouché direct pour la production d’armes nucléaires. Plus besoin d’enrichir artificiellement l’uranium: la centrale se chargeait de produire le plutonium nécessaire à des fins militaires.

Aucun traitement ne permet d’enlever la radioactivité, dont le rayonnement intense est mortel à faible distance. Cela explique pourquoi il faut construire des confinements de protection massifs pour l’absorber.

Le bas prix de l’électricité n’est qu’un mensonge cynique. Les partisans du nucléaire omettent dans leurs savants calculs d’inclure le coût réel du démantèlement et de la surveillance des centrales arrêtés, ainsi que celui de la gestion des tonnes de déchets radioactifs.

En prolongeant la production d’électricité d’origine nucléaire avec les centrales actuelles, le profit est immédiat, car le coût de construction a déjà été amorti. Par contre, la quantité de déchets augmente, tout comme le risque d’accident. Avec des conséquences et des coûts qui ne sont pas assumés – coûts financiers seulement, car il est impossible d’estimer le coût écologique et social d’un accident grave. Par exemple, celui du déplacement durable de populations. Ou celui de la décontamination de terrains ou de sources d’eau.

Le profit avant la sécurité

1873147464Dans le cas de la désaffection de Mühleberg, prévue en 2020, son exploitant BKW estime le coût du chantier à 2,1 milliards de francs. Pour l’instant, seuls 1,6 milliards sont disponibles – ils proviennent des fonds de la Confédération. Où trouver plus de 500 millions, soit 25% de la somme requise, en moins de quatre ans? Réponse naïve de la directrice de BKW, Suzanne Thoma: «Nous alimenterons le fonds jusqu’à la fin 2022. Sans oublier que ces fonds vont produire un certain rendement» [1]. Si en 40 ans d’exploitation BKW n’a pas rempli ses obligations, on voit mal comment elle va se rattraper en moins de quatre ans, surtout avec des taux d’intérêts négatifs sur les marchés financiers! Comment croire que «BKW devrait honorer ses engagements financiers sans encombre»? Surtout que les sites de stockage ne sont pas encore construits, ni même localisés!

La désaffection produira 200’000 tonnes de déchets, dont 2% présenteront une radioactivité importante. Cela représente 4’000 tonnes, soit le volume de 100 camions de 40 tonnes pleins à craquer… Le démontage et le transport de ces matières dangereuses ne peuvent se faire qu’avec des équipements coûteux et d’infinies précautions. En France, le démantèlement des deux sites à Marcoule (Gard), mis hors service en 1997, vient seulement de commencer. On estime à une vingtaine d’années le temps pour achever ces travaux qui visent à sortir 2600 tonnes de déchets radioactifs. Coût estimé: 2 milliards d’euros [2].

Mühleberg n’est pas une exception. Les fonds prévus pour le démantèlement des autres centrales en Suisse sont aussi largement sous dotés. L’exploitant AXPO n’a réuni que 2,8 milliards sur les 3,8 milliards prévus pour Beznau, et 3,1 milliards sur les 5,1 milliards nécessaires pour le site de Leibstadt. L’exploitant ALPIQ n’a réuni, pour le site de Gösgen, que 2,8 des 4,5 milliards estimés.

Avant qu’un vaste mouvement anti-nucléaire ne se crée et dénonce les méfaits de cette industrie, les producteurs de déchets radioactifs les déversaient en pleine mer, sans précautions particulières. Le canal de la Manche a ainsi été transformé en une vaste poubelle sauvage.tchernobyl-closup-reacteur

La catastrophe de Fukushina démontre que, même dans un pays capitaliste avancé comme le Japon, la sécurité technique est subordonnée à d’autres intérêts: ceux des actionnaires des compagnies d’électricité et des capitalistes recherchant une électricité bon marché. Le culte du secret, du mensonge et de l’hypocrisie servent à masquer leurs intérêts marchands et à se présenter comme des défenseurs de «l’intérêt général».

José Sanchez

[1] Le Courrier, 5 avril 2016
[2] Le Monde, 6 avril 2016.

La sortie doit être immédiate

Créée à l’origine pour produire des armes de destruction terrifiantes, l’industrie nucléaire présente avec la production d’électricité un visage plus pacifique. Mais le contrôle de la réaction en chaîne des noyaux atomiques et le confinement de la radioactivité mortelle demandent des techniques coûteuses et une fiabilité totale. Les accidents de Tchernobyl et de Fukushima nous ont rappelé que cette sécurité totale n’existe pas. Or les conséquences d’un accident sont terrifiantes. Il n’existe nul médicament contre les effets des radiations. Et les centrales sont nos voisines.

6979559943_11e1916503_kSes partisans présentent le nucléaire comme une énergie propre, mais en passant sous silence la masse de déchets hautement radioactifs qu’elle produit. Leur effet mortel peut durer des dizaines, voire des milliers d’années. Les enterrer dans des silos est la seule protection pour les populations. Mais à cause de l’énergie dégagée par le rayonnement radioactif, ces silos doivent faire l’objet d’une surveillance active et permanente.

Les milieux patronaux justifient volontiers les économies dans les finances publiques en argumentant qu’on ne peut léguer les fardeaux de la dette aux générations futures. Par contre, le legs des déchets hautement radioactifs ne semble pas les gêner.

L’arrêt immédiat du nucléaire et l’engagement rapide dans une économie basée sur les énergies renouvelables et sur des économies massives d’énergie sont une priorité pour éviter d’augmenter la montagne déjà considérable des déchets radioactifs.

José Sanchez

 

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