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Violence contre une, violence contre toutes!

11 décembre 2015 • Féminisme, Suisse

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Le 25 novembre 2015, environ 300 personnes se sont réunies autour du Collectif du 25N afin de protester contre les violences sexistes à l’occasion de la journée internationale contre les violence faites aux femmes. Le défilé volontairement bruyant a fait entendre la voix des femmes* victimes de violence à travers le centre-ville lausannois. Retour sur cet événement par ces organisatrices.

Une manifestation pour se faire entendre

Nous avons organisé une manifestation à Lausanne ce 25 novembre face au constat du manque de manifestations ou d’actions durant cette journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes. Alors que de nombreux événements ont eu lieu partout dans le monde, rien ne se passait à Lausanne. L’appel à manifester répondait à notre volonté de parler et dénoncer ces violences très répandues, de rendre visible cette grave violation des droits humains en Suisse. Nous sommes indignées par l’indifférence généralisée sur les violences que nous vivons. Nous sommes révoltées contre toutes les violences (le féminicide étant la pointe de l’iceberg) et les connivences et justifications qui les entourent.

Un collectif pour répondre à ces violences dont on ne parle pas assez

Ainsi, en septembre dernier, nous, femmes de différents collectifs féministes (principalement Feminista et l’association L.), ainsi que des femmes à titre individuel, avons commencé à nous rencontrer. De ces réunions plusieurs initiatives ont émergé: une marche, qu’on voulait à la fois revendicative et poing-feministe-150x150percutante, avec des outils liés au théâtre de rue., la mise en place d’une batucada, qu’on a appelé «batuc’ira», car on voulait être bruyantes contre ce silence assourdissant qui entoure les violences masculines envers les femmes, un grand feu final, revendiquant que nous sommes les petites filles des sorcières qu’ils n’ont pas pu brûler, et le collage matinal de manchettes du 20 minutes affirmant que «La violence contre les femmes c’est quotidien et c’est gratuit. Y’en a marre».

Des violences systémiques et dirigées spécifiquement contre les femmes

Depuis plus de 20 ans, le consensus juridique international considère que les violences sexistes sont structurelles et qu’elles résultent du système de domination des hommes envers les femmes, c’est-à-dire, le Patriarcat. Les violences sont l’expression la plus brutale des inégalités entre les hommes et les femmes. Ce sont donc des violences systématiques que nous subissons parce qu’on est des femmes. En Suisse, il n’y a pas chaque année une vingtaine d’hommes assassinés par leurs compagnes, ils ne souffrent pas de la peur omniprésente du viol en se promenant tard dans la nuit dans certaines rues, ils ne se font pas traiter de «pute» à cause de leurs habits ou de leur liberté sexuelle. Nous parlons de violences sexistes car nous combattons le système spécifique qui les permet et les justifie. L’idée que des hommes subissent des violences similaires de la part des femmes est une négation de la réalité; c’est l’arbre qui cache la forêt. Lorsque des hommes sont touchés par des actes violents, dans la plupart des cas, ce sont des violences de la part d’autres hommes.

En Suisse, l’accompagnement des victimes et les réponses face aux violences sexistes ne sont pas suffisantes

La situation actuelle en Suisse est catastrophique: les médias parlent encore des violences comme des faits divers avec beaucoup de sensationnalisme en mélangeant amour et violence (l’idée complètement archaïque du «drame passionnel»). Il y a encore beaucoup de clichés sur les «femmes battues» et pas assez d’information sur la dynamique des violences, où les hommes continuent à être invisibilisés en tant qu’agresseurs. On n’en parle pas assez socialement, et ce silence est complice des agresseurs. À l’exception de quelques associations, comme Viol-Secours, il y a eu une tendance à la dépolitisation des IlluBatucIra-723x1024structures d’accompagnement des victimes. Nous continuons à vivre les violences dans la culpabilité et la honte, et notre société ne dit pas suffisamment que la honte doit changer de camp. Les femmes étrangères risquent l’expulsion, si elles quittent un conjoint violent et si elles portent plainte (un rassemblement avait eu lieu à Genève en octobre de 2012 pour dénoncer ces situations, sous le titre «Violeur réinséré, victime expulsée: quelle justice pour qui?»). Finalement, l’impunité est une des caractéristiques principales de ces violences.

Un combat qui nous concerne toutes et tous

Pour nous, les violences ne sont pas une fatalité mais un moyen d’asseoir le pouvoir et les privilèges masculins, un moyen de nous déshumaniser. Les violences ne sont pas un fait de la nature mais un fait social, issu d’une société qui les permet et les légitime. La lutte contre les violences sexistes nous concernent toutes et tous. Nous pensons que nous, en tant que femmes, avons droit à une vie libre, sans violence ni humiliation, sans discrimination. Nous luttons pour qu’un jour cela devienne réalité.

Glòria Casas Vila et Anna Sokol

Source: Feminista

* Les personnes trans et les personnes qui ne s’identifient pas en terme de genre binaire subissent également ces violences spécifiques légitimées par le patriarcat et l’hétéronormativité.

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