Menu
le-policier-qui-tue-un-sdf-noir-en-avril-ne-sera-pas-juge

Cadeau de Noël

27 décembre 2014 • Amérique du nord

Share Button

14 balles dans la peau. Un homme noir (on s’en serait douté), apparemment SDF, a été tué par un policer de la ville de Milwaukee (Etat de Wisconsin) dans le nord des Etats-Unis. Le policier n’a pas lésiné sur les munitions, même en ces temps d’économies fédérales. L’axe du mal a pris le visage d’un SDF !

Ce qui s’appelle encore aux USA « justice » a fait une belle offrande de Noël au policier. Le procureur a décidé que le téméraire policier a agi « en état de légitime défense » et par conséquent il ne serait pas inculpé. Une sacrée « légitime défense », rafale de 14 balles, quelle leçon « d’efficacité » dans l’exercice du maintien de l’ordre public.

Venant après la décision du jury de Fergusson, et d’autres faits du même type, cette décision illustre encore une fois la totale impunité dont bénéficient les assassins en uniforme et de la menace qu’ils font subir quotidiennement à la population afro-américaine.

Les manifestations semblent impuissantes à modifier cette situation. L’option de la vengeance, comme l’assassinat de deux policiers à New York, n’est évidemment pas crédible. Pas d’espoir alors ?

L’auto-défense

En 1967, une nouvelle organisation va naître, le Parti des Panthère noires pour l’autodéfense (BPP). La réflexion des membres fondateurs du BPP était de surmonter la contradiction entre les agissements réels de la police et la vulnérabilité de la population. Le BPP organisa alors des patrouilles de militants dans les quartiers d’Oakland. Les militants était visiblement armés, car cela correspondait à un droit constitutionnel. Ils étaient aussi munis de magnétophones et de caméras. Ainsi ils pouvaient dissuader les policiers trop agressifs envers les membres de la communauté et envers eux-mêmes. Ils pouvaient témoigner preuves à l’appui, et pouvaient se défendre le cas échéant. Le but était donc la mise en place d’une auto-organisation pour une autodéfense.

Le BPP faisait aussi ses propres enquêtes et assistait les victimes, tout en dénonçant publiquement la politique agressive et répressive de la police.

Contrairement à l’image répandue par les autorités et la police, les militants du BPP n’étaient ni des voyous, ni des criminels. La stratégie du BPP n’était ni la guérilla, ni la vengeance, mais la recherche d’une autodéfense en utilisant les droits civiques et constitutionnels, parmi lequel figure la liberté du port d’armes à des fins de défense. Cette stratégie était justifiée pour défendre la population contre la violence et l’arbitraire quotidien de la police.

« Ils développèrent alors les premières patrouilles armées de surveillance. Les membres du Parti avaient sur eux des armes chargées, des caméras, des magnétophones et des livres de loi. A l’approche d’un feu de croisement, ils proclamaient à haute voix les lois qui obligeaient les policiers à respecter une distance réglementaire pour toute arrestation. » (Mumia Abu-Jamal)

Mais le programme en 10 points du BPP, rédigé en octobre 1966, allait bien plus loin, c’était un vrai programme révolutionnaire d’émancipation sociale et culturelle.

Sur la question de la sécurité (point 7), il disait :

« 7. Nous voulons l’arrêt immédiat de la brutalité policière et des meurtres des personnes noires. Nous pensons que nous pouvons mettre un terme à la brutalité policière dans nos quartiers noirs en créant des groupes d’autodéfense noirs qui auront pour tâche de défendre nos communautés noires contre l’oppression raciste et la brutalité de la police. Le deuxième amendement de la Constitution des Etats-Unis donne le droit de porter sur soi des armes. Nous pensons que tous les Noirs doivent être armées pour l’autodéfense »

Les dirigeants américains virent immédiatement le danger que constituait un tel groupe, surtout que la sympathie dont il bénéficie dans la communauté progressait et que ses rangs grossissaient. Le FBI lui déclara une guerre ouverte, en l’infiltrant d’agents provocateurs et en organisant une répression ouverte et féroce. Les affrontements étaient destinés à tuer les membres du BPP. Ceux qui survivaient étaient condamnés à des lourdes peines de prison, voire à la peine de mort, pour des crimes fantaisistes. Le BPP fut ainsi décapité et disparut de la scène politique.

Près de 50 ans ont passé, un président noir est à la Maison-Blanche. Les assassinats, la terreur et l’impunité sont toujours présents. Dès lors, ne faudrait-il pas à nouveau examiner la stratégie de l’autodéfense du BPP pour s’extirper de l’impuissance des manifestations et de l’impasse de la vengeance ?

Cet examen historique devrait aussi servir à réhabiliter tous ses militants assassinés et emprisonnés, et à les libérer. Comme Mumia Abu-Jamal, qui a passé 30 ans de sa vie dans le couloir de la mort. Sa condamnation à la peine capitale a été annulée en 2011 et transformée en prison à vie…Toujours la même « justice ».

José Sanchez

______________________________

Lire aussi : « Le Black power. Pour une politique de libération aux Etats-Unis », Stokely Carmichael, Charles V. Hamilton, Petite Bibliothèque Payot, 1968, réédité en 2009

« Une vie dans le parti des Black Panthers », Mumia Abu-Jamal, Le temps des Cerises, 2006

« Le pouvoir noir », Malcom X, 1965, réédité en 2008, La Découverte/Poche

Share Button

Publications similaires

Les commentaires sont fermés.

« »